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Israël-Palestine: d’abord (le début de) la fin de l’occupation, ensuite des négociations

OPINION. La Suisse se leurre en espérant toujours s'imposer comme médiatrice, alors qu'elle doit obtenir une véritable marche en arrière du gouvernement israélien, insiste Jochi Weil, de l’association Ina autra senda – Swiss Friends of Combatants for Peace

Funérailles d'Abdel Fatah Hussein Khroushah, un Palestinien accusé d'avoir tué deux colons israéliens à Huwara le 26 février, et lui-même tué le 7 mars. Camp d'Askar, Cisjordanie, 8 mars 2023. — © ZAIN JAAFAR / AFP
Funérailles d'Abdel Fatah Hussein Khroushah, un Palestinien accusé d'avoir tué deux colons israéliens à Huwara le 26 février, et lui-même tué le 7 mars. Camp d'Askar, Cisjordanie, 8 mars 2023. — © ZAIN JAAFAR / AFP

Alors que les titres font la part belle à la guerre tragique en Ukraine et à la mobilisation de la société civile iranienne, le conflit israélo-palestinien tend à être oublié. Et pourtant, la situation au Proche-Orient est actuellement explosive. Dans la foulée de récents raids israéliens meurtriers dans les villes de Jénine et Naplouse et d’attaques terroristes tout aussi sanglantes contre des ressortissants israéliens, un point de rupture a été atteint dimanche 26 février lorsque des hordes de colons ont mis le feu à des dizaines d’habitations et de véhicules dans la bourgade palestinienne de Huwara. Des actes qualifiés de «pogroms» par de nombreux observateurs·trices. Devant un tel déchaînement de violences gratuites, même l’armée israélienne sembla être dépassée. Ce chaos et les incitations publiques aux règlements de compte qui vont en s’accélérant font craindre le pire pour les mois qui viennent. D’autant plus que, des deux côtés, le gouvernement de Benyamin Netanyahou comme l’Autorité palestinienne sont contestés par de larges franges de leurs sociétés civiles respectives.

Il serait toutefois faux d’analyser les violences actuelles comme un nouveau sursaut dans un conflit de voisinage à dimension symétrique. Il y a un coupable de la dégradation exponentielle de la situation: c’est le régime d’occupation illégal des territoires palestiniens qui est entré dans sa… 56e année depuis la fin de la guerre des Six-Jours de 1967.

Indéniablement, des assaillant·es palestinien·nes rongé·es par des sentiments de vengeance commettent d’horribles crimes; et oui, de manière générale, la sécurité des Juifs·ves d’Israël (comme celle des Palestinien·nes d’ailleurs!) est en jeu. Mais on doit se demander ce qui peut expliquer cette violence. Et admettre lucidement que la politique d’annexion des terres palestiniennes qui va en s’accroissant (le programme dévoilé par la nouvelle coalition israélienne au pouvoir l’appelle explicitement de ses vœux) au détriment de leurs habitant·es et des frontières reconnues en 1949 est la tumeur qui consume toute une région.

Or, que fait la Suisse devant les violations répétées du droit international ? Elle se cantonne à prêcher la bonne parole – par voie de communiqués condamnant les violences de toutes parts et en chargeant ses diplomates de glorifier l’éternelle «solution à deux Etats» qui impliquerait une reprise des négociations. Les éminences grises de notre Département fédéral des affaires étrangères vivent avant tout dans et pour l’idée que la Suisse puisse assumer un rôle de «médiatrice» dans le conflit israélo-palestinien. En plein débat sur le sens de notre «neutralité suisse», cette posture de potentiel pays-hôte et arbitre de négociations entre Palestinien·nes et Israélien·nes est aveuglante et limitante. Elle empêche nos autorités d’appeler un chat un chat et de prendre parti clairement contre la prorogation inhumaine du régime d’occupation israélien.

Nouveau paradigme

Il est urgent de considérer un changement de paradigme pour éviter que le conflit ne sacrifie, chaque année, des centaines de victimes supplémentaires de part et d’autre. Plutôt que d’appeler à des négociations pour parvenir à une solution au conflit, c’est d’abord à un rééquilibrage des forces qu’il faut œuvrer pour donner une chance à de nouvelles négociations. L’idée n’est pas nouvelle, le médiateur Adam Curle la développait en 1971 déjà. Appliquée au conflit israélo-palestinien, il s’agirait d’obtenir sur le terrain des signes tangibles que les autorités israéliennes renoncent à leurs prétentions colonialistes et font marche arrière.

Comment imposer un virage à 180 degrés à l’actuel gouvernement israélien? Via un catalogue de mesures punitives que notre Conseil fédéral doit développer et actionner à chaque fois que les dirigeants israéliens violent le droit international. Les condamnations ne suffisent pas. Cela exige un vrai courage, mais le jeu en vaut la chandelle. Une fois le projet expansionniste d’Israël en territoires occupés stoppé net, et seulement alors, les Palestinien·nes pourront entrevoir les Israélien·nes comme des partenaires de discussion et la Suisse aura une chance d’offrir son expertise en médiation, fédéralisme, pluralisme culturel, etc.

Au sein de notre association et au sein du mouvement Combatants for Peace en général, nos ami·es israélien·nes et palestinien·nes tiennent les valeurs de justice, de dignité et d’équité comme des prérequis indispensables à la démarche de dialogue et de respect mutuel qu’ils ont choisi de poursuivre. L’idéal de paix est à ce prix. Voilà qui devrait faire réfléchir dans les bureaux de Berne.

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