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Silvio Berlusconi compte sur l’alliance de son parti, Forza Italia, avec l’extrême droite – la Ligue de Matteo Salvini et les post-fascistes de Fratelli d’Italia – pour tenter de décrocher une majorité permettant de gouverner (41%).
© Angelo Carconi/ANSA via AP

Editorial

En Italie, les élections de la peur

EDITORIAL. La déliquescence de la scène politique italienne inquiète les Européens, qui craignent que la Péninsule ne se détourne du projet européen. Berlusconi et ses alliés ou le populiste Mouvement 5 étoiles pourraient ne remporter qu’une victoire à la Pyrrhus. L’Italie menace de redevenir ingouvernable

L’Europe tremble déjà à l’approche des élections législatives italiennes du 4 mars. Une échéance hautement révélatrice des maux qui rongent les démocraties européennes et américaine: haine des partis politiques, des élites et de la différence. Au soir du scrutin, il y aura peut-être un grand perdant: le bien commun. Le très affaibli Parti démocrate de Matteo Renzi, qui a longtemps été prêt à discuter d’une éventuelle grande coalition à l’italienne avec le revenant Silvio Berlusconi et ses alliés avant d'y renoncer, a fini de faire exploser la cohésion de la gauche. Ce d’autant qu’une grande coalition, déjà difficile à mettre en place en Allemagne, signifierait pour certains s’allier avec le diable. Un tel scénario n’a par ailleurs jamais vraiment été pratiqué en Italie.

Lire aussi: L’ombre du fascisme plane sur la campagne électorale italienne

A droite, le Cavaliere, inéligible au parlement pour fraude fiscale, pourrait, même si c’est très improbable, aspirer à un retour au pouvoir. Il compte sur l’alliance de son parti, Forza Italia, avec l’extrême droite – la Ligue de Matteo Salvini et les post-fascistes de Fratelli d’Italia – pour tenter de décrocher une majorité permettant de gouverner (41%). Mais le scénario le plus probable est celui d’un scrutin sans vainqueur, d’une Italie ingouvernable. Certains n’y verront qu’un bis repetita. Or, la situation est bien plus grave, tant l’arène politique est déliquescente.

Un climat politique nauséabond

Peu soutenue par l’Union européenne dans la crise migratoire, souffrant d’une économie qui s’est contractée de 9% entre 2006 et 2016, d’une dette représentant 132% du PIB, l’Italie est une démocratie en grande difficulté. Si la pure europhobie de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles – ils exigeaient une sortie de l’euro – s’est estompée, les Italiens se détournent de l’Europe. Vendredi, l’Institut Jacques Delors s’en est vivement préoccupé. Près de la moitié des Italiens (46%) estiment que leur pays s’en sortirait mieux hors de l’UE. Il n’est pas étonnant que la Ligue, les post-fascistes et même le Mouvement 5 étoiles cofondé par l’humoriste Beppe Grillo fassent de l’immigration le bouc émissaire des problèmes transalpins, créant un climat politique nauséabond aux relents fascistes.

Crédité de 27,8% des votes, le Mouvement 5 étoiles est bien parti pour être la première formation de la Péninsule, sans capacité toutefois de gouverner en raison d’une loi électorale conçue pour lui faire barrage. Anti-système, anti-politique, les «grillinistes» ont voulu faire croire que leur «honnêteté» était ce qui allait les différencier de la chienlit de la politique traditionnelle. Or, ils sont eux aussi bousculés par des affaires. Le mouvement lui-même n’est qu’une parodie de démocratie participative. Si ce «populisme digital» décrié par le sociologue Alessandro Dal Lago devait l’emporter le 4 mars, il serait une très mauvaise nouvelle pour l’Europe. Si Berlusconi et ses encombrants alliés devaient gagner, la crise politique dans la troisième économie de l’UE pourrait entraîner cette dernière dans un dangereux tourbillon.

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