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Le leader du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, le 7 mai (à g.) et celui de la Ligue, Matteo Salvinim le 12 mai derniers, tous deux à Rome. 
© Tiziana Fabi/AFP

Revue de presse

En Italie, les eurosceptiques piaffent aux portes du pouvoir

Le nouveau gouvernement M5S-Lega qui devrait être nommé cette semaine fera l’objet d’une négociation serrée entre les partis vainqueurs des élections et la présidence de la République, qui veut garantir les liens avec Bruxelles

L’Italie, qui est encore la troisième économie de la zone euro, semble donc enfin sur le point de livrer son destin aux deux principaux partis antisystème et eurosceptiques: le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue auraient trouvé un accord de gouvernement et devraient annoncer le nom d’un futur premier ministre en ce début de semaine. Luigi Di Maio, le jeune leader du premier, ainsi que le chef de la seconde, Matteo Salvini, doivent être reçus ce lundi au Quirinal, siège de la présidence de la République, pour présenter les détails de leur entente.

Selon le Corriere della sera, cité par Courrier international, le pays pourrait ainsi enfin «sortir de l’impasse politique» dans laquelle il était plongé depuis les élections législatives du 4 mars, qui n’avaient pas permis de dégager une majorité claire. Ce, pour autant que le président Mattarella donne son feu vert et que l’Italie soit vraiment gouvernable de cette manière. C’est lui qui «aura le dernier mot». Mais le M5S assure que le futur président du Conseil «ne sera issu d’aucun des deux partis», qu’il pourra «tempérer un exécutif à traction souverainiste» et qu'il sera bel et bien «un politique, pas un technicien», contrairement à ce que voulait encore la semaine dernière un Quirinal prêt à reconvoquer le peuple aux urnes. pour tenter de sortir du chaos.


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Le comble, c’est que c’est l’honni vieux briscard qui a déjà occupé trois fois le palazzo Chigi, l'incontournable allié de la Lega Silvio Berlusconi – qui apparaît ainsi une fois de plus comme le «sauveur» du système – qui a «fait un pas de côté» et permis l’éventuelle formation d’un tel gouvernement. Du coup, «les inquiétudes sur une dérive souverainiste» sont mitigées par le choix d’un «premier ministre externe» et par la volonté du président Mattarella de «respecter les contraintes européennes». On est revenu, en quelque sorte, au point de départ, juge La Repubblica, laquelle observe dans la foulée comment «l’Italie est devenue une sorte de laboratoire populiste, un cas unique parmi les nations fondatrices de l’Europe».

«Le peuple a toujours raison»

Et l’on n’utilise pas, ici, le terme «populisme» au sens péjoratif, mais au sens descriptif. Aux yeux du Corriere del Ticino, est actuellement populiste en Italie «le mouvement qui voit dans le peuple une entité homogène, sans intérêts divergents: un peuple qui a toujours raison, dans toutes ses demandes, et qui se sent submergé par des pouvoirs obscurs indéfinis (les élites, l’establishment) et est suspendu aux lèvres de son chef comme si celui-ci était sacré.» Les partis qui représentent ce peuple «sont des souverainistes anti-euro et anti-UE, ils veulent une nouvelle Italie». Reste à savoir à quoi celle-ci pourrait ressembler.

Le magazine en ligne Linkiesta.it, pour sa part, se penche sur le sens de cette évolution qu’il juge comme «une manifestation de la grande rébellion de la petite-bourgeoise face à la perte de pouvoir et de richesse au cours du premier temps de la mondialisation». Le média numérique «prend en compte aussi la question méridionale, jamais résolue, et la forte critique de la Constitution européenne, de ses contraintes budgétaires, de son ingérence». De vrais problèmes pour la majorité des citoyens, «mais les dernières élections n’ont pas récompensé ceux qui peuvent les résoudre», elles ont récompensé ceux «qui ont eu l’intelligence et le nez de les poser».

Un patron en pole position

Quoi qu’il en soit, «le nouveau gouvernement, et en particulier le ministre de l’Economie», ne pourra pas ignorer les contraintes venues de Bruxelles: «Ce sont des engagements déjà pris, souligne La Repubblica, au-delà des promesses électorales». Sergio Mattarella a déjà «tracé les limites, contré les tentations nationalistes et les poussées antieuropéennes» en s’appuyant sur la Constitution italienne, l’Union européenne et les pactes avec l’OTAN. Car pour lui, «tout le monde sait qu’aucun des grands défis auxquels le continent est exposé aujourd’hui ne peut être affronté par un pays membre de l’Union, individuellement».

Alors qui sera le nouveau président du Conseil, la question étant sur toutes les lèvres? Qui sera, oui, cet homme – ou cette femme, d’ailleurs, ce qui serait une première outre-Gothard! – avec la providence chevillée au corps? Plusieurs noms étaient avancés dimanche par la presse transalpine: l’économiste Guido Tabellini, 62 ans; la diplomate Elisabetta Belloni, 59 ans, actuelle secrétaire générale du Ministère des affaires étrangères; Michele Geraci, 50 ans, professeur d’économie à la New York University de Shanghai; ou encore le président de la société italienne de construction navale Fincantieri, Giampiero Massolo, 63 ans, qui figure «en pole position», dit le Corriere della sera.

Et ensuite? Il est de coutume que le candidat accepte dans un premier temps la charge, «avec réserve». Et après une série de consultations pour former son équipe, il revient au palais présidentiel pour y être officiellement nommé. Ou pas. Dans les dossiers chauds qu'il devra défendre, il y a le retour sur une réforme retardant progressivement l’âge de départ à la retraite, une reconfiguration de la flat tax et – surtout – l’immigration, sujet bouillant, celui-là, où «l’approche de la Ligue est plus musclée que celle du M5S», selon le Corriere, face à une situation où l'Italie paie le prix fort sur la voie méditerranéenne. Il faudra bien entendu aussi s’entendre sur les poids relatifs de chaque formation: plus de 32% pour le M5S aux législatives, et 17% pour la Ligue.

En Hongrie, qui s’y connaît en populisme, le portail web 888.hu, cité par Eurotopics, juge qu’un tel gouvernement «serait un cauchemar pour l’Union européenne», avec «l’introduction d’un revenu universel qui serait conditionné à la citoyenneté italienne», «la promesse de réduire les impôts et d’adopter cette fameuse réforme des retraites ou d’imposer l’expulsion des immigrés clandestins». Bref, cette coalition, représenterait «une nouvelle gifle pour Bruxelles». Sous-entendu: après celle, claquante, de Budapest.

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