Editorial

Italie: la quadrature du cercle

Les deux «vainqueurs» des législatives italiennes auront mille et une peine à former un gouvernement. Les Européens s'en inquiètent

Difficile de ne pas parler de raz de marée populiste. Plus d’un électeur italien sur deux a voté pour un parti anti-système et anti-Europe. La moitié nord pour la xénophobe Ligue de Matteo Salvini. La moitié sud pour le Mouvement 5 étoiles de Luigi Di Maio.

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Le désaveu des partis traditionnels qui ont marqué la politique transalpine est total. Le rottamatore Matteo Renzi, qui avait incarné un instant l’espoir d’un renouveau politique, sombre avec son Parti démocrate. Le Cavaliere Silvio Berlusconi, le revenant, doit céder le leadership de la droite à son allié léghiste. En Allemagne ou en France, les phénomènes sont similaires, Républicains et CDU d’un côté, Parti socialiste et SPD de l’autre, les institutions politiques de la social-démocratie européenne sont en crise. Mais en Italie, le «réveil des peuples», dont Marine Le Pen se félicite, est un avertissement pour tout le continent.

L’Union européenne a pu un instant se rassurer en voyant dimanche les sociaux-démocrates allemands approuver une grande coalition avec la CDU d’Angela Merkel après des négociations qui ont eu l’art de fâcher les bases des deux partis. A court terme, l’essentiel est sauf: la montée en puissance du parti populiste Alternative pour l’Allemagne est momentanément stoppée. La percée de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles fait toutefois entrer l’Europe dans une nouvelle dimension: celle où le populisme devient majoritaire. Le dépit des Européens était perceptible lundi dans les propos d’un Emmanuel Macron réitérant sa confiance dans l’actuel président de la République Sergio Mattarella pour créer un gouvernement «stable».

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L’équation italienne demeure toutefois formidablement compliquée. Sans majorité claire, la seule chance de former un gouvernement est de constituer des coalitions en partie contre nature. La Ligue a surtout fait son lit en attisant la peur du migrant et en exacerbant le sentiment d’insécurité pour conquérir le nord de l’Italie. Le Mouvement 5 étoiles fondé par l’humoriste Beppe Grillo a davantage axé son message sur le refus des élites et la précarité économique, un message qui a séduit le Mezzogiorno. Mais le M5S n’est pas La République en marche du président français. Elle n’a pas un projet politique national clair.

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Si le mouvement a entrepris un début d’institutionnalisation, le premier parti d’Italie risque fort d’être prisonnier de ses propres contradictions. On ne fait pas de la politique en prônant l’anti-politique. Arrivé en tête des élections de dimanche, le M5S aura de la peine à transformer l’essai. Il pourra difficilement négocier avec la Ligue dont la vision diverge sur trop de points. Il ne pourra pas non plus envisager de s’allier au Parti démocrate dont la légitimité de parti gouvernemental a pris un sérieux coup. Sergio Mattarella pourrait se trouver contraint de confier la tâche de former un gouvernement au patron de la Ligue qui gouvernerait avec Forza Italia de Berlusconi. Un scénario qui fait déjà trembler Bruxelles.

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