éditorial

Italie: le risque de l’effet boomerang

EDITORIAL. En refusant de se faire imposer un ministre des Finances prêt à fomenter une sortie de l’euro, le président de la République italienne Sergio Mattarella a fait un geste courageux, qui ne résout toutefois pas la crise institutionnelle dans laquelle est plongée la Péninsule

En mettant fin à la formation du gouvernement de Giuseppe Conte, le président de la République italienne a pesé de tout son poids institutionnel pour garantir un semblant de stabilité face à des marchés financiers très nerveux. Sergio Mattarella a sanctionné à juste titre la nomination au poste de ministre des Finances de Paolo Savona, un eurosceptique prêt à saborder sans le dire l’ancrage de l’Italie dans la zone euro. Pour la Péninsule, le poste de patron de l’Economie est stratégique, dans un pays accablé par une dette représentant plus de 130% du PIB national.

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Assemblage bringuebalant, la coalition de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles, tous deux gagnants des législatives du 4 mars, a cru qu’elle allait pouvoir tout dicter au chef de l’Etat. Par ultimatum. Or, pour Sergio Mattarella, le flou savamment entretenu par la coalition au sujet de l’unité de l’Europe et de sa monnaie unique était inacceptable. Vu l’environnement politique délétère d’une Italie où les formations anti-système ont glané 50% des votes, le président italien ne s’est pas dérobé. Il a fait un geste courageux, qui n’écarte toutefois pas la grave crise institutionnelle du moment.

En demandant à Carlo Cottarelli de former un gouvernement «technique», le Quirinal ne rassure qu’à très court terme. Cet ancien haut responsable du Fonds monétaire international, pro-austérité, n’a aucune chance d’obtenir la confiance du parlement, dominé par les léghistes et les grillinistes. Sa nomination apaise peut-être les marchés, mais ulcère le Mouvement 5 étoiles, dont le succès s’est surtout construit sur le constat de la béante fracture sociale de l’Italie. De fait, Carlo Cottarelli aura pour seul rôle de mener le pays à de nouvelles élections.

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Les Salvini et Di Maio, leaders de la coalition, ont beau crier à la trahison du vote des Italiens, ils n’ont pas non plus de mandat du peuple pour fomenter une possible sortie de l’euro. Certains membres du Mouvement 5 étoiles vont jusqu’à exiger la destitution du président de la République, la dernière institution garantissant un minimum de stabilité dans un pays qui a connu 61 gouvernements en 70 ans. Devant autant d’intransigeance, on peut s’interroger sur les vraies intentions des deux formations populistes. Face à l’incompatibilité de leurs visions et à un contrat de gouvernement impossible à financer, ne cherchent-elles pas à dramatiser la situation en confrontant et en délégitimant le chef de l’Etat pour renforcer leur message anti-système et se dégager à bon compte de leurs responsabilités?

L’avenir est très préoccupant. La décision de Sergio Mattarella pourrait offrir aux populistes une victoire écrasante et mettre le chef de l’Etat dans une situation encore plus inextricable. Quant au Mouvement 5 étoiles et à la Ligue, pourront-ils encore s’entendre? Rien n’est moins sûr.

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