Le réveillon de l’Année du Tigre a eu lieu le 31 janvier, rappelle opportunément l’Agence France-Presse. Ce lundi, c’était le coup d’envoi de la Fête du printemps, la réunion familiale la plus importante de l’année en Chine, l’équivalent de Noël dans le monde chrétien. Dans un contexte particulier: la Chine a largement maîtrisé le covid depuis le printemps 2020; seuls deux morts ont été recensés en plus d’une année et demie; et la vie a repris son cours quasi normal pour la majorité des Chinois. Oui, du temps a passé depuis les deux dernières nouvelles lunes de février dans un Empire du Milieu qui s’apprête, cette fin de semaine, à prendre temporairement des atours de mont Olympe.

L’imminence des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, du 4 au 20 février, a mis les autorités sanitaires en alerte face à de potentiels foyers qui viendraient compliquer le bon déroulement de l’événement. Des provinces demandent à leurs habitants de rester sur place pendant les fêtes et des zones manufacturières offrent même des primes aux ouvriers pour les inciter à ne pas voyager, comme c’est la tradition chaque année à pareille époque. Des tests PCR au départ et à l’arrivée sont devenus quasi obligatoires pour voyager. Et certaines villes, contre l’avis du gouvernement, imposent même des quarantaines à l’arrivée des voyageurs.

De quoi dissuader le citoyen lambda, sans pour autant complètement le décourager. La gare de Shanghai, par exemple, a été parcourue toute la semaine dernière d’un flot quasi ininterrompu de voyageurs. Mais Shanghai se trouve à plus de 1000 km des sites olympiques! Selon Ctrip, leader en Chine de la réservation en ligne de trains, d’avions et d’hôtels, les courts séjours et les vacances à proximité de son domicile sont plébiscités cette année. «Le gros point d’interrogation pour tous ces voyageurs, c’est le retour», particulièrement s’il se fait à Pékin. «La capitale est ultra-protégée […]. Au moindre cas de covid sur le lieu de vacances, le retour sera impossible et devra être reporté», prévient France Inter.

Animaux choyés

Cela reste toutefois l’occasion pour toutes les communautés de culture chinoise à travers le monde de faire la fête, lit-on sur le site TheConversation.com, souvent en famille, dans un article repéré par Heidi.news. «C’est aussi un moment de célébration pour le cinéma: pas moins de huit films sortent aujourd’hui en Chine, le plus grand marché de cinéphiles au monde», ajoute Deadline.com.

Et le Nouvel An chinois, c’est aussi le temps des cadeaux. Des cadeaux pour tous. Comme le relève Courrier international, «influencés par les réseaux sociaux, un grand nombre de jeunes Chinois dorlotent à l’excès leurs animaux de compagnie. Et n’hésitent plus à leur offrir des mets qui s’apparentent à ceux que les humains consomment», racontent Radio France internationale et le South China Morning Post.

Doudou, Yomi et Neinei

Cette sacrée Wang Jianing, par exemple, «ne regarde jamais à la dépense quand il s’agit de son chat – un bleu russe prénommé Doudou – et de ses deux chiens – un caniche nain et un bichon maltais répondant aux noms de Yomi et Neinei. […] Elle n’hésite pas ainsi à se procurer du shampooing made in Italy ou à se rendre dans des spas pour animaux.» Pour le Nouvel An lunaire, elle a donc «décidé de choyer ses petits protégés» en leur commandant… quoi?

Un plateau de nourriture en ligne pour 399 yuans (56 francs)

Sur cette photo du repas publiée par le journal de Hongkong, on trouve ainsi, dans l’ordre, de la «soupe à la carotte, des têtes de tigre composées de riz à l’omelette, du tofu farci, des moules, des crevettes au fromage, des biscuits à la courge et au fromage, des cupcakes à la viande ainsi que des dim sums [raviolis] au poulet, à la morue, au canard et à l’igname violette»:

Consumérisme effréné? Oui, mais pas seulement. «Ces dernières années, dit Vincent Juvyns de J.P. Morgan Asset Management sur le site Allnews.ch, j’ai pris l’habitude de consacrer l’une de mes premières chroniques économiques de l’année [au Nouvel An chinois], ce qui me permet, d’une part, de souhaiter une bonne année aux lecteurs de cette chronique et, d’autre part, de rappeler, si besoin en est, que l’économie mondiale évolue de plus en plus au rythme de la Chine.»

D’ailleurs, selon lui, le pays «sera en tout cas directement sous le feu des projecteurs médiatiques» avec les JO. «Ce sera l’occasion pour la Chine d’exposer au monde entier ses infrastructures flambant neuves ainsi que l’engouement croissant de sa classe moyenne, toujours plus importante», pour les sports d’hiver:

Alors qu’en 2000 le pays ne comptait qu’une seule vraie station de ski, il en compte désormais 568 tandis que le nombre des skieurs est passé de 10 000 en 1996 à 12,5 millions en 2015

Et l’analyste de poursuivre: «La Chine profitera également de cet événement pour promouvoir sa monnaie puisque après avoir testé avec succès le yuan digital (e-NY) localement depuis 2014, la Banque centrale chinoise envisage sa diffusion à plus grande échelle et notamment sa mise à disposition aux athlètes étrangers. Ainsi, contrairement à ce que certains resserrements de la régulation opérés l’an dernier ont pu laisser penser, la Chine continue bel et bien d’ouvrir ses marchés de capitaux aux étrangers.»

Quoi qu’il en soit, «l’esprit olympique, qui est un esprit de solidarité, est plus nécessaire que jamais à la communauté internationale si elle souhaite faire face à la pandémie, aux tensions géopolitiques et à la crise climatique actuelles», a déclaré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, dans une interview accordée vendredi à l’agence Chine nouvelle. Heureusement, a-t-il ajouté:

Le tigre dénote la force, la vitalité, le courage, la ténacité et l’audace

«N’oublions pas, cependant, que Golok Jigmy Gyatso a été enchaîné durant un mois et 21 jours dans la chaise dite «du tigre», précisément – un instrument de torture – pour avoir dénoncé la répression des Tibétains à la veille des JO 2008», comme l’expliquait Le Temps sept ans après. Ses souffrances avaient pris fin lors de la cérémonie d’ouverture de la manifestation sportive. Ironie du sort, le 31 juillet 2015, Pékin s’était vu attribuer l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2022.

A l’époque, «s’il y a bien eu quelques interrogations sur la capacité d’une ville du désert à organiser un tel événement, la question du respect des droits de l’homme, contrairement à 2001, n’a plus joué aucun rôle»…

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