Revue de presse

Jacinda Ardern a conquis le monde depuis la Nouvelle-Zélande

A Paris, elle vient de lancer «l’appel de Christchurch» contre la haine en ligne. Un acte courageux de plus. Depuis qu’elle est au pouvoir à Auckland, la première ministre travailliste incarne une troisième voie, celle de l’héroïsme, qui redonne foi en la politique

Empathique, généreuse, résolue et porteuse d’espoir pour demain: les dithyrambes ne cessent d’affluer autour de la figure de Jacinda Ardern, au pouvoir en Nouvelle-Zélande depuis octobre 2017. Elle vient de frapper un grand coup diplomatico-économique en ralliant, de concert avec le président Macron, les géants d’internet à «l’appel de Christchurch», contre les simplifications extrêmes qui rendent le monde islamique infréquentable.


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A l’heure où les élites politiques sont souvent accusées de déconnexion avec le peuple, le personnage tranche. Elle «a conquis le cœur de ses concitoyens par son comportement exemplaire après les attaques terroristes de Christchurch» diffusées en direct sur Facebook, écrit Le Figaro.

Elle a aussi «fait preuve d’une grande fermeté concernant le port d’armes à feu», alors que «quand elle a pris le poste, les gens ne savaient vraiment pas comment elle allait gérer la pression», confie un jeune Néozélandais à France Info: «J’étais de ceux-là. Mais Jacinda fait vraiment du très bon boulot!» Cette «femme engagée» a séduit ses compatriotes, elle est en passe de conquérir le monde entier.

«A true leader», dit-on à Auckland. «Au lendemain du massacre, un photographe avait capturé le visage fermé de la première ministre néozélandaise, raconte Vanity Fair. Depuis, cette image fait le tour du monde, tant elle traduit la force et l’exemplarité qu’incarne désormais Jacinda Ardern. […] Voile posé sur les cheveux, mains jointes, sourcils froncés et regard anéanti… Elle ressemble à s’y méprendre aux mater dolorosa qui peuplent les églises occidentales. Ces vierges éplorées qui symbolisent le deuil d’une mère. Jacinda Ardern est la mère de toute une nation.»

Il y a un tel charisme chez cette politicienne de gauche que d’aucuns réclament déjà le Nobel de la paix pour elle, et pour son combat contre la haine. «Le monde regarde Jacinda Ardern», avait titré le Washington Post après Christchurch. Bien sûr joue à Paris l’effet d’annonce, qui peut sembler dérisoire par rapport aux torrents de boue qui se déversent sur le Net et par rapport au fait que Donald Trump a refusé de signer l’appel. N’empêche, elle a fait plier Facebook qui restreindra – du moins Zuckerberg le promet-il – ses diffusions en direct.

C’est une fois de plus «l’incarnation du courage politique», selon un blog de Mediapart. «Elle a fait et dit ce qu’elle devait faire. […] Bravo Madame. Vous allez encore vous faire critiquer», de nouveau par ceux qui n’ont vu que le voile sur sa tête à Christchurch. «Pas grave. On a bien compris que vous vous en fichez.» Et c’est précisément pour cela que, lors de sa visite à Berlin en 2018, elle avait aussi «séduit l’opinion publique par son naturel et sa chaleur humaine», relève Courrier international.

Le 15 mars dernier, le Tagesspiegel avait parlé de «kindness». «Un mot difficile à traduire. Le mot «amabilité» ne correspond pas vraiment. Pour s’en faire une idée, mieux vaut peut-être suivre cette femme quand elle entre […] dans la chambre d’hôpital d’une vieille dame au cœur malade.» «Ce n’est que moi», avait lancé la visiteuse. Oui, «Jacinda Ardern entend remettre de la kindness en politique. […] En Europe, où les sociaux-démocrates ne participent plus au gouvernement que dans cinq des 28 Etats de l’Union, elle fait figure d’héroïne.»

«Des paris risqués»

Ça marche parce qu’elle prend des «paris risqués», selon le portail d’information Stuff, à Wellington (NZ): «Aller trop loin, pas assez loin, se faire instrumentaliser… Le sommet organisé à Paris […] comportait quelques pièges pour la femme qui l’a lancé. […] C’est la première fois depuis longtemps qu’un premier ministre néozélandais prend l’initiative sur la scène internationale. Nous ne sommes après tout qu’un confetti à l’échelle du globe. […] Prendre la parole sur cette scène internationale, notamment sur un sujet aussi brûlant que la régulation d’internet, est évidemment risqué.»

«Ses opinions résolument féministes suffisent à faire d’elle la figure de proue du mouvement international anti-Trump. Mais parmi les progressistes américains ou européens qui ont vu en Jacinda Ardern le visage de l’espoir en ces heures noires, rares sont ceux qui savent ce qu’elle tente actuellement de mettre en place» dans un pays où les inégalités sociales se creusent, estime Prospect, la revue mensuelle indépendante de la gauche libérale britannique. «C’est un tort. Voilà un pays qui, au XIXe siècle, avait été baptisé le «laboratoire social du monde» et qui, sous une première ministre travailliste, pourrait […] hériter une nouvelle fois de cette appellation.»

Pourtant, relève L’Obs, «au sein de son propre parti, son programme n’est pas du goût de tous. Pour avoir promis de réduire les coûts d’accès à l’université, de favoriser l’accès au logement des familles aux revenus faibles, de légaliser l’avortement, de baisser les quotas migratoires et surtout de vouloir taxer l’eau potable, elle a été traitée, lors de sa campagne, de «presque communiste» par un ancien membre du Parti travailliste.» Mais «en amenant sa fille de 3 mois avec elle à l’Assemblée générale annuelle de l’ONU, Jacinda Ardern est entrée dans l’histoire en étant la première femme dirigeante à y siéger avec son enfant».

«Embrasser la différence»

Dans le Guardian en mars dernier, l’anthropologue australien Ghassan Hage prétendait que si elle «nous redonne foi en la politique, c’est qu’elle fait montre d’un amour rare, capable de dépasser les barrières culturelles […] et d’embrasser la différence et la diversité au lieu de se cantonner au périmètre de ses propres limites».

Macron, Trudeau, Ardern… «En janvier 2018, Courrier international titrait: «Les jeunes prennent le pouvoir.» Pourraient-ils à leur manière «changer le monde»? Dix-sept mois plus tard, seule Jacinda Ardern […] a su imposer quelque chose de différent. […] Les femmes n’attendent plus d’avoir la permission de gouverner pour occuper le pouvoir, à leur façon. La dirigeante néozélandaise est différente car elle choisit de gouverner par le cœur, là où ses homologues préfèrent le recours à une attitude martiale, […] prouvant que la démonstration d’autorité ne se résume pas à la rhétorique guerrière.»

Il y a un mois, le magazine américain Fortune a publié pour la sixième année consécutive son palmarès des 50 meilleurs leaders du monde. «La première ministre de Nouvelle-Zélande a pris la deuxième place du classement, progressant de 27 places par rapport à l’an dernier», lit-on dans Le Parisien. C’est dire à quel point l’honnêteté prend l’ascenseur dans les vertus politiques, dont le quotient émotionnel ne fait pas partie des moindres.


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