éditorial

Ce que j’ai à vous dire

L’industrie des médias, en particulier celle fondée sur l’imprimerie, affronte une triple crise. Economique, avec la chute des marchés publicitaires; commerciale, avec l’émergence de lecteurs plus irréguliers; technologique, avec l’arrivée de nouveaux supports électroniques qui modifie les modèles d’affaires

L’industrie des médias, en particulier celle fondée sur l’imprimerie, affronte une triple crise. Economique, avec la chute des marchés publicitaires; commerciale, avec l’émergence de lecteurs plus irréguliers; technologique, avec l’arrivée de nouveaux supports électroniques qui modifient les modèles d’affaires. Cette crise, nous la vivons au Temps. Elle fait mal, blesse des talents. Nous l’affrontons avec le plus grand respect des personnes, en sachant, en conscience, que tout licenciement est vécu comme une injustice.

Je me suis exprimé devant les collaborateurs et la rédaction du Temps. C’est à vous, chers lecteurs, que je m’adresse aujourd’hui, craignant que des rumeurs, des approximations et des spéculations aient pu vous troubler, voire susciter une légitime inquiétude. J’aimerais y répondre et, je l’espère, vous rassurer. Le Temps n’est pas en danger.

Au fil des prochaines semaines, Le Temps adaptera ses contenus; ils seront plus sélectifs, plus nerveux et exclusifs en semaine. Ils ne seront ni plus courts, ni plus longs. L’offre magazine du samedi, comprenant le Samedi Culturel et Week-End, sera renforcée par de nouveaux contenus et l’encartage du bihebdomadaire Sortir.ch. Simplement, les fréquences et rythmes pourront changer.

Dans ce processus d’adaptation permanent d’un média, Le Temps opère aussi des choix. Il rejette les coupes indiscriminées et privilégie ses domaines d’excellence, qui font sa renommée et sa pertinence: la politique (Suisse et International), Economie & Finance, Science & Environnement, Culture, Débats. La couverture de l’actualité sportive est abandonnée, en dépit des contributions remarquables de nos journalistes.

Simplement, nous prenons acte d’une réalité nouvelle et forte: l’information sportive migre sur les écrans et les Web TV spécialisées.

Globalement, les contenus identitaires et fondateurs du Temps demeurent. J’en ai pris l’engagement devant une rédaction de près de quatre-vingts journalistes. Vous en jugerez très concrètement au moment où ces changements interviendront, soit au début de l’année prochaine.

Cela étant dit, une forte inquiétude monte en ce moment sur l’avenir de la presse qui, partout en Europe et aux Etats-Unis, affronte des bouleversements d’une ampleur inégalée depuis un siècle. Pour des titres de presse comparables au Temps , l’enjeu éditorial est cardinal. Il postule la poursuite d’un journalisme de qualité, pertinent, crédible, honnête et interpellant.

C’est possible demain encore, à condition de faire des choix, d’admettre que la qualité ne se mesure pas en quantité, que la pertinence et la proximité avec son lectorat sont des valeurs essentielles. Par l’écriture, l’investigation, l’expertise et une élégance narrative, le journaliste impose sa plume et un art qui le différencie.

On le sait, le journalisme est indispensable au fonctionnement des institutions et irremplaçable dans son rôle de passeur et d’agitateur d’idées. Et jamais notre audience n’a été aussi forte, grâce, notamment, au développement des supports électroniques qui nous affranchissent des frontières physiques dans la distribution de l’information. Mais ayons la modestie de reconnaître que nous ne sommes plus seuls, que les lecteurs sont intelligents, bien informés et exigeants.

Vos témoignages, nombreux ces derniers jours, nous engagent à ne pas vous décevoir et à nous réinventer sans cesse pour maintenir la belle aventure du Temps , un média que nous voulons à la hauteur des ambitions de la Suisse romande.

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