Comme le dit la chanson

«J’aime tous les hommes politiques, ils sont si sincères et si sympathiques»

OPINION. Globalement, la droite est nettement plus marquée par l’extrême droite et la gauche plus marquée par le combat écologiste, écrit notre chroniqueur David Hiler à l’issue de l’élection du parlement fédéral

Une dose de second degré et un jet d’autodérision n’ont jamais fait de mal à personne. C’est pourquoi j’emprunte aujourd’hui le titre de cette chronique à une chanson drolatique d’Eddy Mitchell, le fameux Lèche-bottes blues (1989), pour me livrer à un petit retour sur le résultat des élections fédérales.

L’importance du renouvellement du Conseil national a été soulignée par tous les observateurs. Fait marquant, 42% des «hommes politiques» «si sincères et sympathiques» sont des femmes! C’est une grande première en Suisse. Du coup, la Suisse remonte dans le classement mondial de la représentation féminine dans les parlements, publié par l’Union interparlementaire, se hissant au 11e rang. Elle devance des pays nordiques comme l’Islande et le Danemark, où les femmes jouent un rôle politique important. Pas mal! La vaste mobilisation enregistrée lors de la deuxième grève des femmes du 14 juin a donc trouvé une concrétisation dans les urnes, avant, on l’espère, de s’inscrire sur la feuille de paie.

Comme chez nos voisins

Le nouveau Conseil national a également légèrement rajeuni (49 ans, contre 50,3 ans). C’est le parlement le plus jeune de l’histoire, ce qui, compte tenu du vieillissement de la population, est remarquable. Enfin, le parlement a verdi. Ici encore, la mobilisation a payé puisque les grandes manifestations de jeunes, en réponse à une accélération inquiétante du réchauffement climatique, ont trouvé un écho dans les urnes: les Verts comptent désormais 28 sièges et les Verts libéraux 16.

Une autre lecture du scrutin est également possible: la globalisation à la mode néolibérale compte de moins en moins de partisans. Elle est contestée depuis longtemps par une bonne partie des électeurs sur son volet migratoire (le vote UDC); tandis qu’à gauche on ne croit plus guère au dogme des vertus du libre-échange. Si l’on prend un peu de recul historique, on constate que, de crise en crise, les grands trends observés depuis la crise du pétrole (1971) perdurent. On pense évidemment au déclin des partis traditionnels du centre droit (PLR et PDC) qui semble n’être pas encore arrivé à son terme. Ces partis détenaient 93 sièges en 1971; ils n’en comptent plus aujourd’hui que 54. Le Parti socialiste résiste certes mieux, mais il a perdu des plumes: il avait 46 sièges en 1971, il lui en reste 39. Quant à l’UDC, qui a longtemps engrangé les succès, elle enregistre des pertes importantes; en bourse, c’est ce que l’on appelle une consolidation à un niveau élevé.

Bref, si les modalités du système politique suisse et la prospérité relative du pays lissent les bouleversements politiques, la tendance reste assez proche de celle observée chez nos voisins: le rapport de force gauche/droite n’a pas fondamentalement changé, mais il recoupe un clivage de nature différente. Globalement, la droite est nettement plus marquée par l’extrême droite et la gauche plus marquée par le combat écologiste. Par la force des choses, cette nouvelle polarisation s’accompagne d’un déclin du centre. La nouvelle génération, qui s’intéresse nettement plus à la politique que la précédente, assume d’ailleurs des positions plus tranchées et témoigne d’une impressionnante énergie à les défendre.

Trois problèmes urgents

Nous n’en sommes certes pas encore à la situation américaine, où le phénomène Trump a littéralement coupé le pays en deux camps irréconciliables. La démocratie semi-directe vient tempérer les conséquences pratiques de l’accentuation des clivages. En Suisse, sous peine d’échec en votation populaire, il est très risqué de passer en force au parlement.

La majorité des citoyens de ce pays attendent des nouveaux élus qu’ils apportent des solutions aux trois problèmes les plus urgents: l’augmentation insupportable des primes d’assurance maladie, la lutte contre le réchauffement climatique et l’avenir des retraites. Les élus seront donc contraints de construire des solutions de compromis pour avancer. Ils seraient bien inspirés de le faire s’ils entendent que les électeurs reprennent à leur compte le refrain de la chanson d’Eddy Mitchell: «Oh oui j’les aime, j’les aime.»


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