Éditorial

Jair Bolsonaro, l'appel de la dictature

ÉDITORIAL. Le nouveau président brésilien sera le dernier venu dans la grande famille des populistes. Mais il n’est pas le moins dangereux

Pendant un quart de siècle, il n’a été qu’une sorte de bouffon triste. Détraqué, raciste et violent, il pouvait vociférer tant qu’il voulait dans les travées du parlement et tâcher de défendre – plutôt mal, d’ailleurs – les intérêts de ses pairs, militaires grognons à la retraite, comme lui. Jair Bolsonaro n’incarnait absolument rien du Brésil ouvert et moderne d’aujourd’hui. Au fond, croyait-on, il ne représentait depuis longtemps plus guère que lui-même.

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Le bouffon en a rejoint d’autres, désormais installés aux commandes aux quatre coins du globe et que, faute de mieux, on regroupe dans la grande famille des «populistes». Si Bolsonaro est, à ce jour, le dernier arrivé dans le club, il n’est pas le moins préoccupant. A l’inverse d’un Donald Trump, il prône la violence, les meurtres et le «nettoyage social» comme des remèdes parfaitement légitimes. Contrairement à un Matteo Salvini, il n’a rien d’un enjôleur ou d’un tribun, et n’a jamais dévié de son discours rageur défendant l’épuration politique ou raciale. Sur le plan international, seule la comparaison avec un Rodrigo Duterte semble convenir. Or, aux Philippines, un peu plus de deux ans de croisade similaire contre le crime ont déjà coûté la vie à au moins 12 000 personnes.

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Pourquoi en serait-il autrement dans un Brésil chauffé à blanc par cette campagne outrancière, où l’opposition est en miettes et où tous les contre-pouvoirs semblent destinés à céder les uns après les autres? Ici, au cocktail désormais classique d’une classe pauvre tentée par le «dégagisme» et le dédain des élites, et de classes moyennes bousculées par les crises et le sentiment d’insécurité s’ajoute en outre la séduction opérée par Jair Bolsonaro sur les secteurs les plus instruits et les plus riches de la société brésilienne. Exit le Parti des travailleurs (PT) de Lula et consorts, rejetés dans le camp du mal absolu. Retour, à leur place, aux valeurs d’une dictature militaire fantasmée que la moitié du pays, trop jeune, n’a pas vécue, et dont il a été facile, pour l’autre moitié, d’adoucir les contours, tant ce pays n’a jamais entrepris de réel travail de mémoire et de réparation lié à cette période.

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Donald Trump a été, dit-on, le premier dirigeant étranger à souhaiter la bienvenue au nouvel arrivé. A partir du 1er janvier prochain, c’est sûr, il y aura des affaires à faire dans le nouveau Brésil «stable et discipliné» qui s’annonce.


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