Éditorial

Jair Bolsonaro, la religion dévoyée pour accéder au pouvoir

EDITORIAL. Le candidat d’extrême droite est presque sûr d’être élu à la présidence du Brésil dimanche prochain. Les évangéliques voient en lui, comme ils l’ont vu en Donald Trump, le meilleur moyen d’imposer leur agenda ultra-conservateur

A quelques jours du second tour de la présidentielle brésilienne, c’est une quasi-certitude: le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro sera élu face au candidat du Parti des travailleurs Fernando Haddad. L’homme est loin d’incarner le changement, ayant déjà passé vingt-sept ans au parlement.

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Né catholique, mais baptisé en 2016 par un pasteur évangélique dans les eaux du Jourdain pour mieux formaliser sa relation avec les milieux protestants, il défend très mal les valeurs de la religion: insultant les femmes, les homosexuels, lâchant des commentaires racistes, il est à mille lieues d’incarner les valeurs chrétiennes. Il bénéficie pourtant du soutien écrasant des évangéliques dont la progression au Brésil est passée en trente ans de 6,6% de la population à près de 30%. Un fait remarquable dans un pays qui comptait encore, en 1970, 90% de catholiques.

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Ce paradoxe renvoie directement à un autre personnage: Donald Trump. Comme Jair Bolsonaro, le président américain a été marié à plusieurs reprises. Tantôt prédateur sexuel, tantôt misogyne, il a eu droit aux faveurs des évangéliques pour accéder à la Maison-Blanche. Ces derniers lui vouent un soutien indéfectible. Motif: il est pour eux le meilleur moyen de voir mis en œuvre leur agenda ultra-conservateur.

Leur stratégie est en train de payer. Avec l’accession à la Cour suprême des Etats-Unis de Brett Kavanaugh, lui-même accusé par plusieurs femmes d’avoir abusé d’elles, ils ont obtenu le graal: une majorité conservatrice pour plusieurs décennies qui permettra de mettre fin, par le biais d’une justice ultra-politisée, à la libéralisation des mœurs dans la société américaine.

Jair Bolsonaro a bien compris que les évangéliques étaient sa plus grande chance de l’emporter. Dans un pays miné par le chômage, la corruption et la criminalité, la pseudo-religion du candidat est une stratégie efficace, bien que machiavélique, de s’attirer le vote des pauvres, désespérés. C’est aussi une façon de s’ériger en défenseur des grands propriétaires (protestants) qui voient en ce nostalgique de la dictature le président capable d’imposer l’ordre d’une main de fer. Que ce soit au Brésil ou aux Etats-Unis, les évangéliques ont saisi dans ce nouveau Kulturkampf du XXIe siècle que l’Eglise redevient un formidable instrument du pouvoir.

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