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Et si James Bond était Noir? Et si c’était une femme?

«Quel serait le meilleur choix pour incarner l’Agent 007?» Alors que les studios Sony quêtent le nouveau visage de Bond, les lecteurs du «Temps» réagissent à un débat lancé sur Facebook

Il y a eu Roger Moore, Pierce Brosnan et bien sûr Sean Connery. Depuis sa création en 1953, le personnage de James Bond est amarré à la figure du mâle blanc. Héros vindicatif, misogyne et avide de pouvoir, l’agent secret charrie son lot de clichés. Peut-être plus pour longtemps. Les studios Sony Pictures ont en effet annoncé être à la recherche d’un successeur pour remplacer un Daniel Craig passablement élimé. Coup de théâtre: ils songent à un acteur noir. La Twittosphère, elle, plébiscite la candidature de Gillian Anderson, héroïne de «X Files», à coups de hashtag #JaneBond. Sur la page Facebook du Temps, une centaine d’internautes donnent leur avis sur ce qu’on présente comme une «petite révolution».

«Respect de la ligne éditoriale»

Las d’être accusé de sexisme et de manque de représentativité de la communauté noire, comme lors des deux dernières cérémonies des Oscars, l’univers étriqué de Hollywood ressent soudain le besoin de bousculer ses propres codes. Il lui faut pour cela réinventer ses héros. Parce que oui, Ary Rosh l’affirme sur Facebook, «refaire les mêmes sauces jusqu’à l’infini est écœurant». L’Agent 007, icône intemporelle, fait donc office de cobaye. Un noir? Une femme? Le changement de cap n’est pas du goût de tous. «Halte au sketch! James Bond est anglais, blanc et est un homme. Ce n’est ni du racisme ni de la misogynie, le personnage est ainsi», plaide Jean-Joseph Parre, aussitôt rejoint par Didier Staal, qui invoque le «respect de la ligne éditoriale de Ian Fleming». «Avec une femme, ça existe déjà… Ça s’appelle «Tomb Raider»! Avec un noir ça existe aussi, ça s’appelle «Wild, Wild West»!»

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Nombre de lecteurs se préoccupent de la «survie crédible de 007». Risque-t-on de dénaturer le personnage voire de tomber dans la parodie en lui plaquant un physique, une identité, qui ne lui correspondent pas? L’effet serait alors contre-productif. C’est du moins l’avis de William Hardy qui dénonce l’hypocrisie de ce recyclage. «Je propose que ce soit un cheval le prochain James Bond. Quitte à mettre tout et n’importe quoi pour des motifs purement idéologiques autant aller jusqu’au bout de l’idée». Chrystopher, Clifford Franklin, lui, penche plutôt pour un «rhinocéros blanc».

Partisans du changement

Parmi les quelque 116 commentaires, on déniche toutefois des lecteurs prêts à faire vaciller l’édifice Bond. A commencer par Vanessa Krivaja qui ironise: «Surtout ne changeons rien, jamais… Ne soyons pas ouverts à la nouveauté ni au changement: on risquerait d’y prendre goût en plus… Ce serait terrible en effet…» Pour Mafalda Heck Bonner, seul le scénario compte: «Le personnage de Bond est un agent secret qui perd son identité sous le 007… Homme, femme, Noir ou Blanche peu importe tant qu’il y a du grabuge… et du sexe j’imagine.» Et le talent bien sûr, rappelle Corentin Foury: «Prenez un Noir, une femme, un unijambiste même… tant que c’est un bon acteur!» Bertrand du Couédic a une petite préférence pour une femme, afin «d’honorer la mémoire des grandes espionnes de l’Histoire». Après tout, une «femme à barbe a déjà gagné l’Eurovision!» s’exclame Eric Diouloufet.

Recycler: la solution miracle?

Mais le changement pour lui-même fait-il vraiment sens? Davantage qu’une récupération pour tenter de relancer un héros à bout de souffle, c’est de figures nouvelles dont les acteurs en manque de visibilité ont besoin. De rôles de femme forte et d’homme noir puissant conçus, dès l’origine, comme tels. Plaquer un visage noir ou féminin sur des décennies de suprématie blanche et virile suffira tout au plus à se donner bonne conscience, mais ne renversera pas la logique hollywoodienne qui prévaut jusqu’ici.

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