Opinion

Ce que j’attends de la COP21

«Faites preuve de bon sens, soyez ouverts au compromis et recherchez le consensus». Ces mots d'espoir, Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, les adresse aux leaders de tous les pays du monde, réunis dès le 30 novembre à Paris

Depuis que je suis Secrétaire général de l’ONU, mes voyages m’ont mené sur les lignes de front du changement climatique, et m’ont permis de m’entretenir avec des dirigeants mondiaux, des hommes et femmes d’affaires et des citoyens au sujet de l’urgence d’une réaction mondiale. Pourquoi cette question est-elle si chère à mon cœur?

En tant que grand-père, je souhaite que mes petits-enfants puissent profiter de la beauté et de la générosité d’une planète en bonne santé, et en tant qu’être humain, je suis peiné de constater que les inondations, les périodes de sécheresse et les incendies se multiplient, que les nations insulaires vont être rayées de la carte et que d’innombrables espèces sont vouées à disparaître.

Comme nous l’ont rappelé Sa Sainteté le Pape François et d’autres chefs religieux, nous avons le devoir moral de nous montrer solidaires des pauvres et des plus vulnérables qui, n’ayant que très peu contribué aux changements climatiques, sont les premières victimes de leurs effets.

«Les changements climatiques n’ont pas de nationalité»

Ensuite, en tant que Secrétaire général, j’ai fait de la lutte contre les changements climatiques une priorité, conscient qu’aucun pays ne peut relever seul un tel défi. Les changements climatiques n’ont pas de nationalité: les émissions, d’où qu’elles proviennent, menacent les moyens de subsistance et la vie de tous. La stabilité économique et la sécurité des nations sont aussi menacées. Nous ne pouvons lutter contre ce phénomène mondial que par une action collective coordonnée par les Nations Unies.

Les négociations, certes lentes et fastidieuses, ont toutefois porté leurs fruits. Suite à l’appel lancé par l’ONU, plus de 166 pays, responsables de plus de 90% des rejets dans l’atmosphère, se sont dotés de plans nationaux de lutte contre les changements climatiques, assortis de cibles claires. Menés à bien, ces plans ralentiront l’augmentation des émissions et limiteront la hausse de la température mondiale à environ 3 degrés Celsius d’ici à la fin du siècle, selon les prévisions.

C’est un progrès considérable, mais il nous faut aller plus loin, et plus vite, pour réduire les émissions mondiales et maintenir la hausse des températures en dessous des 2 degrés Celsius, tout en aidant les pays à s’adapter aux conséquences inévitables des changements climatiques.

Plus vite nous agirons, plus les bénéfices seront importants: stabilité et sécurité accrues, croissance économique plus forte et durable, meilleure résistance aux chocs, air et eau plus purs, santé améliorée.

La Conférence de Paris, un tournant décisif

La Conférence de Paris sur les changements climatiques n’est pas la ligne d’arrivée, mais la ligne de départ de notre ambitieuse course contre les changements climatiques. Elle doit marquer un tournant décisif vers un monde moins pollué et vulnérable.

Il incombe aux gouvernements de conclure à Paris un accord substantiel et contraignant, qui pose les jalons pour une action mondiale ambitieuse.

Partout, le mouvement s’accélère. Villes, entreprises, investisseurs, chefs religieux et citoyens agissent pour réduire les émissions et renforcer la résilience. Il incombe aux gouvernements de conclure à Paris un accord substantiel et contraignant, qui pose les jalons pour une action mondiale ambitieuse. Il faudra que les dirigeants donnent aux négociateurs des orientations claires.

Réunis en Turquie ce mois-ci, les dirigeants des pays du G20 se sont montrés très déterminés à agir. Plus de 120 chefs d’État et de gouvernement viendront à Paris, malgré les préoccupations que suscitent les conditions de sécurité depuis les attentats.

Pour porter des fruits, l’accord de Paris devra répondre aux quatre critères suivants: s’inscrire dans la durée, être souple, reposer sur la solidarité et être crédible.

Premièrement, il doit offrir un plan à long terme pour maintenir en deçà de 2 degrés la hausse de la température planétaire, et ne laisser aucun doute qu’une transformation de l’économie mondiale fondée sur le passage à des modes de fonctionnement sobres en carbone est inévitable, bénéfique, et déjà en cours.

Deuxièmement, il doit être suffisamment souple pour ne pas devoir être renégocié au gré de l’évolution de l’économie mondiale. Il doit refléter un juste équilibre entre rôle moteur des pays développés et responsabilités croissantes des pays en développement.

Troisièmement, il doit reposer sur la solidarité, prévoir notamment des transferts de fonds et de technologies aux pays en développement. Les pays développés doivent tenir leur engagement de dégager 100 milliards de dollars par an, d’ici à 2020, pour les mesures d’adaptation aux changements climatiques et de réduction des effets de ces changements.

Quatrièmement, il doit prévoir des mesures crédibles. Il doit instituer des cycles quinquennaux pour que les Etats évaluent régulièrement leurs plans d’action et les renforcent en fonction des dernières données scientifiques. Et il doit établir des mécanismes transparents et robustes de suivi et de mesure des progrès, ainsi que de communication de l’information s’y rapportant.

L’ONU est prête à aider les pays à appliquer un tel accord.

Un accord substantiel sera le garant d’un présent et d’un avenir meilleurs.

Mon message aux dirigeants des pays du monde est donc simple: le succès de la Conférence de Paris dépend de vous. Faites preuve de bon sens, soyez ouverts au compromis et recherchez le consensus. Regardons au-delà des horizons nationaux et faisons passer l’intérêt commun avant tout. Les habitants de la planète, et les générations à venir, comptent sur vous: ayez la hauteur de vues et le courage nécessaires pour saisir ce moment historique.

Publicité