Charivari

Jean, Johnny et le deuil amoureux

OPINION. Comment, de la mort d’idoles, notre chroniqueuse a glissé vers la mort de l’amour. Deuils en tous genres, mais la vie domine toujours

Je voulais écrire mon billet sur l’ombre que feu Johnny Hallyday a portée sur feu Jean d’Ormesson. Comment, la semaine dernière et de manière bien involontaire, le rocker au grand cœur a éclipsé l’écrivain au bel esprit dans l’actualité des décès. Le billet se serait appelé «Jean qui pleure et Johnny qui rit», titre qui, en plus, s’opposait à leur nature dans la vie. Jean d’Ormesson était, dit-on, un amoureux joyeux de la littérature alors que Johnny, sans être un triste sire, chantait à pleins poumons l’humanité blessée et les rendez-vous manqués. L’effet de bascule était tout trouvé.

J’ai commencé, gaillarde, mais, très vite, l’envie m’a quittée. Sans doute parce que, sur Johnny, on avait déjà tout dit, tout écrit, tout soupiré, tout pleuré. Le sujet était sec, essoré. J’ai dû faire le deuil de cette idée.

Loin de l’éploré(e)

Alors, du deuil des idoles, j’ai glissé vers le deuil amoureux. Une perte plus difficile à négocier, observent les spécialistes, car la personne regrettée n’est pas morte. Elle a juste décidé, ô cruelle cruauté, de vivre loin de l’éploré(e). Jeudi dernier, pendant que Johnny sidérait ses fans, j’ai mangé avec un ami qui, après une année, est toujours sidéré par le départ de sa compagne. Pas facile de dépasser quinze ans de vie commune. Trois fois cinq ans à partager enfants, loisirs, réussites diverses et diverses déceptions. Une histoire d’épaule, de peau. Une affaire de don et de contre-don.

«Malheureux qui entretient le feu!»

Je le regarde, en face de moi, ému-fendu lorsqu’il parle de son élue et je compatis. Il dit: «Je ne veux pas qu’elle revienne, je veux juste la voir de temps en temps. Quand je la vois, je suis bien pendant les quinze jours qui suivent.» Malheureux qui entretient le feu! Pas de coupure, pas de deuil. Et pas de deuil, pas de réparation. S’il ne veut pas finir comme Prométhée, accroché à un rocher et le foie perpétuellement dévoré par un aigle, mon ami a intérêt à consommer sa séparation.

Le rituel des trois carnets

Tout seul? Non, en s’aidant du rituel des trois carnets, préconisé par Alix Noble Burnand, spécialiste du deuil. Dans un des carnets, on écrit les reproches, dans l’autre, les regrets et dans le troisième, l’héritage positif. On lit les deux premiers à haute voix, mais en privé, puis on les brûle. Tandis que, pour le troisième, on organise une fête et on évoque à l’assemblée les beaux moments de la relation. Une sortie par la grande porte, en quelque sorte. Le rituel n’est pas magique, mais il aide. Et le temps, paraît-il, fait le reste. Un conseil, cependant. Ne pas chanter «Que je t’aime» à tue-tête. Sinon, on reprend vingt ans dans les dents.


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