Il n’a jamais eu de répit depuis qu’il occupe le poste de chef de l’exécutif européen. Jean-Claude Juncker navigue de crise en crise (Grèce, Ukraine, Russie, stagnation économique, chômage, réfugiés, montée des extrêmes, sécurité, terrorisme, Brexit). Sans vraiment pouvoir résoudre l’une ou l’autre. Il a laissé libre cours à son désenchantement lors d’un discours livré lundi devant le Conseil de l’Europe, le club des 47 Etats. Un véritable cri du cœur pour mobiliser les énergies et pour retrouver l’espoir perdu. Ce n’est pas certain qu’il a réussi.

Plus que tout autre, Jean-Claude Juncker sait que le projet européen qui consiste à «vivre ensemble» a perdu de son attractivité. Lors du référendum le 6 avril sur l’accord d’association UE-Ukraine aux Pays-Bas, on lui avait prié de se taire tant l’Europe est impopulaire. Idem au Royaume-Uni pour le référendum du 23 juin prochain. Londres pense que sa prise de parole dans la campagne sur le Brexit serait contreproductive.

Face à son auditoire lundi, Jean-Claude Juncker a avoué que «nous ne sommes pas respectés dans nos pays». Il a alors tenté de donner une explication au désenchantement ambiant: trop de réglementations et d’interférences dans la vie des citoyens. Sa commission en a tiré les conséquences et retiré 83 projets de loi qui étaient mis en chantier par la Commission Barroso.

Jean-Claude Juncker a néanmoins mis en garde ceux qui veulent plus d’initiatives nationales aux dépens des projets européens. «Ils se retrouveront sans défense commune et l’UE ne sera plus respectée sur la scène internationale», a-t-il prévenu. Et d’ajouter que la baisse du taux de natalité en Europe, l’essoufflement de sa puissance économique et les crises majeurs dans lesquelles l’UE est plongée risquent de lui faire perdre son influence dans le monde.

Il y a 100 ans, 20% de la population mondiale vivait en Europe. A la fin du siècle dernier, ce pourcentage a baissé à 11% et baissera encore à la fin de ce siècle pour atteindre seulement 4%. Et pour ne rien arranger, l’Europe est déstabilisée et attaquée dans ses valeurs de société libre et démocratique.

Le constat dressé par Jean-Claude Juncker, un vétéran de la politique européenne, ne saurait être plus dramatique. Ce n’est pas l’image qu’il veut avoir de l’Europe. «Je veux une Europe forte et influente», a-t-il dit. Comment? Cette question est restée sans réponse.

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