Revue de presse

Jean-Claude Juncker en quête d’une «vision» pour l’Europe post-Brexit

La Commission dévoile ce mercredi «l’acte de naissance» de l’Europe à Vingt-Sept, sans le Royaume-Uni. Certains prétendent que le livre blanc de son président a un parfum d’histoire en marche, d’autres sont plus sceptiques

Le site EurActiv France ignore que 2017 n’est pas une année bissextile. Il a en effet fixé au 29 février la date où le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit dévoiler – ce mercredi 1er mars, donc – sa vision de l’Europe post-Brexit. Avec l’espoir, que les médias disent en général ténu, de préserver l’unité d’une Union lézardée par les crises à répétition. Le chef de l’exécutif européen présentera dans l’après-midi, devant les députés européens réunis à Bruxelles, son livre blanc (LB) sur l’avenir de l’UE, annoncé de longue date. Ce document d’une douzaine de pages soumettra aux dirigeants des Vingt-Sept plusieurs pistes pour relancer le projet européen, aujourd’hui ébranlé par le processus de sortie du Royaume-Uni et une succession de crises, économiques comme migratoires.

Là derrière, il y a une stratégie, selon L’Opinion. En fait, «face aux nouvelles rumeurs de démission, divulguées il y a quelques jours par La Repubblica et aussitôt démenties à Bruxelles, et après avoir annoncé lui-même qu’il ne briguerait pas de second mandat à la tête de la Commission, Jean-Claude Juncker a trouvé le moyen de rebondir»: accélérer le calendrier du LB. Les Vingt-Sept pourront ainsi y puiser librement afin de préparer le sommet prévu le 25 mars à Rome pour célébrer – sans le Royaume-Uni – les 60 ans du Traité de Rome, le texte qui a lancé les bases de la construction européenne en 1957.

A cette date symbolique fixée pour la «refondation», «on parle de possibles options, positives, réalistes, qui aboutissent toutes à l’unité et à la coopération des Vingt-Sept», a précisé mardi un porte-parole de la Commission. L’idée, c’est de lancer un vaste processus de réflexion autour de ces options, pour les rendre le plus crédible possible et «sur la base desquelles on va avancer dans le futur», a-t-il ajouté.

Quatre ou cinq scénarios possibles

Selon des sources européennes, le projet Juncker, approuvé mardi soir par le collège des commissaires, devrait proposer quatre ou cinq scénarios sur l’avenir de l’UE, allant du statu quo à plus de fédéralisme, en passant par une Union à plusieurs vitesses. Mais «présenter seulement cinq options sur l’avenir de l’UE, sans désigner clairement une préférence ou une direction politique serait une erreur», a déjà réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) le président du groupe Socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, l’Italien Gianni Pittella, qui invite le président de la Commission «à faire face aux divisions et à l’immobilisme des gouvernements en présentant un choix politique fort».

Les attentes sont donc importantes. Jean-Claude Juncker, très affaibli, a d’ailleurs déjà plaidé publiquement pour une Europe qui assume d’avancer «à plusieurs vitesses», afin de dépasser les oppositions qui bloquent trop souvent certains projets: «L’heure n’est plus à s’imaginer que nous pourrions tous faire la même chose ensemble», a-t-il estimé il y a quelques jours devant des étudiants belges.

Le fossé Est-Ouest

«Ceux qui sont d’accord pour faire le plus grand nombre de choses ensemble, qu’ils se mettent d’accord sur ce qui est essentiel à faire, qu’ils soient 15 ou 28», a-t-il insisté. «Les Hongrois et les Polonais veulent-ils exactement la même chose que les Allemands ou les Français? J’ai de grands doutes», avait-il aussi souligné début février, dans un entretien avec une radio allemande, mettant ainsi le doigt sur le fossé grandissant séparant certains pays de l’Est et de l’Ouest.

Au pays du président, les internautes de L’Essentiel luxembourgeois expriment déjà leur scepticisme sur ces projets de réformes, qu’ils voudraient plus radicales: «Pourquoi l’Europe, M. Juncker, a intégré 10 pays d’un coup???????? Messieurs les grands technocrates (de quoi, je ne sais pas), mais la voilà, la grande erreur. Moi je dirais: faire deux parties, les 15 d’avant et les 12 qui restent. Pour ce qui est du Royaume-Uni, je ne comprends pas qu’il y ait encore des Anglais dans les bureaux de l’Europe.»

Ou bien: «Ah bon! Il a une vision, Juncker?» En tout cas, il «se rend compte que l’Europe n’est pas gérable comme actuellement. Celui qui quitte l’Europe ne doit plus compter sur les avantages dont il a bénéficié jusqu’à présent. L’Europe impose trop de contraintes. De plus, l’Europe brasse trop d’argent et cet argent est une fois de plus mal distribué. Pas étonnant que l’institution prenne l’eau.»

Le manque de concret

La presse du Benelux est d’ailleurs une des seules à s’intéresser vraiment au sujet – le Luxemburger Wort a même jugé bon d’en donner l’essentiel en… anglais. Le site Paperjam.lu, lui, croit savoir que «la pièce maîtresse» du LB sera «la constitution d’une défense commune», tout comme L’Echo belge. Le premier juge que «Jean-Claude Juncker a l’intention de marquer sa présidence à la tête de la Commission européenne.»

Son LB «devrait aborder de façon frontale la principale critique que l’on fait à l’Union européenne: son manque de concret.» Normal, donc, qu’il veuille «encourager les Etats les plus décidés à travailler ensemble, quitte à laisser sur le côté les indécis». Le second, lui, dit qu'«au Berlaymont, le siège de l’exécutif européen, c’est l’ambiance des grands jours, ceux où plane dans les salles de réunion un parfum d’histoire en marche».

Jean-Claude Juncker se trouvait récemment à Berlin pour s’assurer que la chancelière allemande, Angela Merkel, continue à plaider que certains pays européens aillent de l’avant à plusieurs dans certains domaines, tout comme le président français, François Hollande. Ces deux dirigeants ont d’ailleurs prévu de se rencontrer le 6 mars à Versailles pour discuter de leur propre vision, avec les chefs des gouvernements espagnol et italien, Mariano Rajoy et Paolo Gentiloni.

A la mi-février, les députés européens avaient également apporté leur contribution à ce débat en approuvant une série de propositions concrètes comme la création d’un budget propre à la zone euro, avec lesquelles ils espéraient inspirer la Commission européenne. Parmi les autres propositions, il y a aussi la création d’un poste de «ministre des Finances» de la zone euro, qui combinerait les fonctions de président de l’Eurogroupe et de commissaire européen chargé des Affaires économiques, ou encore la réduction de la taille de la Commission.

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