Du bout du lac

Jean-Claude Stauffer

Eric Stauffer et Jean-Claude Juncker sont faits du même bois, celui dont on fait les têtes. Comme deux lapins Duracell, ils sont résolus à battre leur mesure tant qu’il y aura des piles

Je vous le promets: voir Jean-Claude Juncker et Eric Stauffer figurer l’un à côté de l’autre dans la même phrase en attaque de chronique me surprend presque autant que vous. A priori, le patron de l’Europe et le fugace maire d’Onex ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie. Pour le dire autrement, là où le premier cite Rilke dans le texte et se revendique de Jacques Delors, le second se situerait plutôt quelque part entre Chuck Norris et Silvio Berlusconi.

Pourtant. Le président de la Commission européenne et celui de «Genève en marche» ont bien plus en commun que vous ne l’imaginez. Ils sont faits du même bois, celui dont on fait les têtes. Le sol peut se dérober sous leurs pieds, ni l’un ni l’autre ne bougera d’un iota. Leur univers peut s’effondrer, ils ne broncheront pas. Se moquant comme d’une guigne de toute espèce de contingence, Juncker et Stauffer sont deux lapins Duracell, résolus à battre leur mesure tant qu’il y aura des piles.

Le président récite son mantra

Commençons par le Luxembourgeois. Il n’aura échappé à personne que son idée d’Europe – l’intégration économique menée coûte que coûte et tambour battant – bat un petit peu de l’aile. Oh, trois fois rien: juste la libre circulation en disgrâce, des frontières qui se referment, des peuples qui se soulèvent et les Anglais qui se font la malle. De quoi faire vaciller Jean-Claude Juncker? Pensez donc! Droit dans ses bottes mercredi à Strasbourg, le président a récité son mantra: élargissement de l’Union, extension de la zone euro et multiplication des accords de libre-échange avec tous les partenaires possibles et imaginables. Aux commandes de sa locomotive, Jean-Claude Juncker roule à tombeau ouvert et les yeux fermés. Les wagons, eux, ont décroché depuis longtemps.

Sancho Pança et Don Quichotte

Passons au Genevois. Son parti, le MCG, lui a dit qu’il voulait un autre chef. C’était l’an passé, lors d’une assemblée tout ce qu’il y a de plus démocratique. De quoi faire vaciller Eric Stauffer? Pensez donc! Le chef c’est lui. Et si le parti n’est pas d’accord, on change le parti.

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C’est chose faite depuis quelques jours: le MCG 2.0 s’appelle le GEM, pour «Genève en marche». Différence avec l’original? Aucune. Mêmes couleurs, même slogan, mêmes obsessions. Flanqué de son fidèle Sancho Pança, don Quichotte promet la colère à ses anciens amis et la furie à ses ennemis de toujours. Vous allez voir ce que vous allez voir, hé hé hé.

«L’obstiné dans le vrai a la grandeur», écrivait Victor Hugo. L’obstiné tout court, lui, n’a malheureusement pas retenu l’attention de l’écrivain romantique. Allez savoir pourquoi…


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