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Opinion

Jeanne d'Arc, brûlée mais aussi écartelée

Le FN l'a fêtée le 1er mai. Emmanuel Macron lui rendra hommage le 8 mai, à Orléans. Droite et gauche se réclament de Pucelle, la people la plus convoitée en cette année de pré-campagne électorale

Tout le monde la veut. Mais c’est Emmanuel Macron, jeune premier du gouvernement, qui a décroché le gros lot: le ministre de l’économie présidera la grande fête de Jeanne d’Arc, le 8 mai, date à laquelle, en 1429, la bergère de Domrémy délivra Orléans de l’étau du siège anglais. C’est la première fois depuis 10 ans qu’un ministre en exercice tient ce rôle honorifique.

Habilement, Emmanuel Macron s’inscrit dans la lignée de François Mitterand qui le 8 mai 1982, un an après son élection, s’était rendu à Orléans, comme ses prédécesseurs Charles de Gaulle et Valéry Giscard d'Estaing, pour célébrer le symbole de «vigilance, de la résistance et de l’unité nationale». Le président socialiste avait alors cité Péguy et surtout Michelet dans le texte: «Elle aima tant la France que la France, touchée, se mit à s’aimer elle-même». Pour Emmanuel Macron, il s’agit moins de ramener Jeanne dans le giron de la gauche que de la sortir des Thénardier du FN: «Je suis attristé qu’on ait laissé Jeanne d’Arc, cette grande figure de notre pays, au Front national».

A chacun statue

Il n’a pas tort quand on voit ce qui s’est passé dimanche. Heureusement que Paris abrite plusieurs statues de Jeanne d’Arc. Jean-Marie Le Pen et quelques-uns de ses amis historiques avaient réservé celle de la place des Pyramides sous la bannière «Jeanne D’Arc, au secours», tandis que Marine déposait, en silence, une gerbe au pied de la statue de la place Saint-Augustin, dans le 8e arrondissement. Il ne fallait surtout pas que le père et la fille, en guerre depuis que le fondateur du parti en a été éjecté, se croisent.

Et tandis que le père prophétisait avec gourmandise l’échec de sa fille au second tour, «voire au premier», Marine et Marion mesuraient leur popularité dans un grand banquet «populaire et patriote», perturbé, comme l’année dernière, par un groupe de Femen. La tante et sa nièce se détestent mais grâce à la bergère de Domrémy, elles ont trouvé une voix commune. «Comme Jeanne d’Arc, nous luttons aujourd’hui pour la survie et l’indépendance de la France!», a dit l’aînée. «Nous enorgueillir de ce que nous sommes, et le défendre bec et ongles!», a lancé la cadette.

Le parti qui a une flamme pour logo

On sait les Le Pen très habiles à tirer vers eux les héritages. Mais on sait aussi combien les héritages peuvent disloquer les meilleures familles. Le spectacle de leur querelle ne cesse d’amuser la Twittosphère. Jean-Noël Cuénod, par exemple, journaliste suisse longtemps correspondant à Paris: «Les #LePen ne parviennent toujours pas à laver leur linge sale en famille. Et ça voudrait nettoyer la #France?» De son côté l’humoriste Charline Vanhoenacker, parlant au nom de la statue de la place des Pyramides lasse d’avoir chaque premier mai un type qui éructe, se demandait lundi matin sur France Inter: «Franchement, c’est bien sérieux ce parti qui me rend hommage alors qu’il a une flamme pour logo?!»

Brûlée vive le 30 mai 1431, Jeanne D’Arc est désormais écartelée entre une droite nationaliste et conservatrice (Philippe de Villiers en extase depuis que le Puy du Fou a racheté l’anneau de Jeanne) et une gauche qui voit en elle une farouche fille du peuple et une grande résistante. Jeanne d'Arc, c'est le grand fourre-tout de la République. Femme de foi pour les catholiques, courageuse opposante au clergé pour les athées, théologienne de la libération pour l’extrême gauche, patriote fervente pour les souverainistes, figure d’union pour le centre, autre Marianne pour le parti communiste jusque dans les années 60, femme seule et rebelle dans un monde d’hommes pour les féministes.

Entendre des voix et en donner

Elle pourrait tout aussi bien être une icône du mouvement queer puisqu’elle n’a pas été condamnée pour sorcellerie mais pour avoir refusé de quitter son habit d’homme, véritable hérésie; ou le symbole d’une écologie tendre et locale, elle, la petite bergère aimée des enfants; ou encore l’égérie anonyme de #Nuitsdebout, elle, cette gamine prête à tenir le siège en défiant les institutions.

Jeanne d’Arc, c’est la people que s’arrachent tous les courants à l’orée de la campagne présidentielle. Car chaque candidat le sait: celle qui a entendu des voix peut en faire gagner beaucoup.

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© Gabioud Simon (gam)