«Il existe une sorte d’ébriété de la liberté dans le traitement d’un sujet d’histoire.» Cette phrase dit à peu près tout du Rocher de Süsten, le premier tome des Mémoires de Jean-Noël Jeanneney tout juste paru aux Editions du Seuil. Jeanneney s’est peut-être un jour rêvé «affranchi», historien venu de nulle part ou presque, comme ce méritocrate républicain qu’est Michel Winock, son compère en recherche, qui publie lui aussi ses souvenirs sous le titre Jours anciens (Gallimard).

Le dilemme d’une France hésitante

Sauf que l’intéressé bute, à chaque recoin, sur ce lourd héritage qui l’a façonné. Son grand-père, Jules, fut président de ce Sénat qui conféra – réuni avec la Chambre des députés en congrès à Vichy – les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940, même s’il ne participa pas au vote. Son père, Jean-Marcel, fut un ministre gaulliste historique, architecte de l’économie sociale voulue par l’homme du 18 juin après son retour au pouvoir, en mai 1958. Jean-Noël Jeanneney a toujours vécu de l’autre côté du plafond de verre: au-dessus. En regardant avec admiration, et un peu d’effroi, ceux qui tambourinaient pour le fracasser.