Revue de presse

Jeff Bezos divorce et les médias ne parlent que d’argent, d’argent, d’argent

Son épouse, MacKenzie Tuttle Bezos, pourrait récupérer la moitié de la fortune en communauté de biens, estimée à 137 milliards de dollars. De quoi devenir la femme la plus riche du monde, devant Françoise Bettencourt

Alors qu’Amazon, la société de Jeff Bezos, vient de devancer Microsoft en devenant l’entreprise privée la plus chère du monde et le premier titre de Wall Street, l’annonce de son divorce avec MacKenzie Tuttle fait travailler l’imaginaire collectif. Car il pose de nombreuses questions – devrait-on dire de vraies questions? – sur les modalités de scission de sa fortune, estimée à 136 milliards de dollars selon Forbes, et sur les implications possibles pour Amazon, dont il est le premier actionnaire.

Elle l’avait connu il y a bien longtemps, plus d’un quart de siècle, en 1992, du temps où l’ami Jeff n’était encore «qu’un» brillant financier, et pas l’entrepreneur qui a transformé la vie de centaines de millions de personnes, dont beaucoup disent qu’elles sont maintenant plus heureuses. MacKenzie Tuttle, de son nom de naissance, a tout vécu avec Jeff Bezos, du moins c’est ce que l’on raconte maintenant pour dramatiser la fin de la saga – de la première virée exploratoire à Seattle en 1994 jusqu’à l’empire du commerce en ligne, en passant par les débuts d’Amazon, dans le garage de la maison. A cette époque, la route allait être encore longue, mais «jusqu’en 1999, le couple loue un deux-pièces tout ce qu’il y a de plus banal dans le centre de Seattle», note Wired.

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Alors, maintenant que tout est par terre, comment gérer? Si la revue The Atlantic donne quelques pistes non sans ironie, Les Echos jugent que «quand l’homme le plus riche du monde annonce son divorce, c’est un événement pour le monde des affaires», qui a d’ailleurs fait reculer le titre Amazon, oh… juste pendant quelques petites minutes. C’est que «MacKenzie Bezos a joué un rôle central lors de la création de l’entreprise, et pourrait récupérer la moitié de la fortune du couple, en fonction de l’endroit où ils décident de faire prononcer le divorce. Elle deviendrait ainsi la femme la plus riche du monde, devant Françoise Bettencourt Meyers, l’héritière du fondateur de L’Oréal.»

Cette fortune comprend aussi l’entreprise spatiale Blue Origin et le quotidien Washington Post, ainsi que plusieurs demeures, notamment à Beverly Hills et à Washington. Mais surtout, elle appartient aux deux, la légende racontant qu’«une partie du plan stratégique d’Amazon a été écrite lors d’une virée en voiture du couple de New York à Seattle». Alors, les symboles étant plus forts que la réalité, si «les séparations de célébrités se soldent parfois par des conflits et peuvent aboutir à des cessions d’actifs, elles comportent aussi un risque d’image pour les dirigeants intervenant dans des industries de grande consommation».

«S’ils sont malins», ils feront donc «ça discrètement et dans l’intimité, et continueront leur vie», a indiqué Stacy Philips, une avocate spécialisée interrogée par le Wall Street Journal. Ils ont promis de rester bons amis, c’est déjà ça. Et à propos de cet homme le plus riche du monde – répétons-le –, «de l’histoire même», titrait Time Magazine, son épouse trouve que «regarder son époux, la personne que l’on aime, arriver au bout d’une aventure, qu’y a-t-il de plus beau?» Voilà sa question, abyssale, exprimée peu avant l’annonce sur la chaîne CBS, écrit Le Figaro Madame. Oui, c’est beau d’être assurée de devenir à son tour – répétons-le – la femme la plus riche du monde, et ce «même si elle ne touchait que le tiers de la fortune».

Il faut dire que ce n’est pas rien, un mariage qui dure autant. Mais «bien qu’extrêmement scrutée médiatiquement, la famille Bezos tâche de rester normale», lit-on dans le passionnant article du journal français. «Tellement normale qu’elle en serait presque anormale», disait souvent un ami de la famille. […] MacKenzie Bezos accompagnait toujours ses enfants au collège dans un minivan Honda et […] le patron d’Amazon ne prenait jamais de rendez-vous trop matinaux, pour honorer le petit-déjeuner en famille. En réalité, Jeff Bezos gagnait presque 2000 euros par seconde mais il continuait de faire la vaisselle. «Je suis convaincu que c’est la chose la plus sexy que je sache faire», a-t-il un jour affirmé à Business Insider

Après cette histoire si glamour malgré elle, la question est donc de savoir comment l’ancien couple va partager les fruits de la réussite. Ça ne parle que d’argent, c’est dégoûtant. Il y a deux enjeux, selon le site Numerama: Jeff Bezos peut perdre son rang de fortuné numéro un et, du coup, risque «de perdre son influence au sein de l’entreprise». Tandis que MacKenzie, on l’a dit, pourrait devenir la numéro un. Techniquement, relève encore Business Insider, «les couples qui vivent à Washington comme les Bezos doivent séparer leurs actifs en deux à leur divorce, soit chacun la moitié».

«Mais les anciens conjoints pourraient s’accorder sur un partage différent, notamment parce que l’argent de Jeff dépend beaucoup de la valorisation boursière d’Amazon. Or il y a peu de chances que MacKenzie et Jeff soient en faveur de la vente de parts de l’entreprise, ce qui risquerait de faire perdre à son patron une partie du contrôle de la firme. On ne sait pas non plus si le couple, il y a 25 ans, a signé un accord prénuptial qui outrepasserait les lois classiques en cas de divorce.» Mais ils démentent. Il n’y a qu’une simple communauté de biens, banale à en mourir:

Que de questions et de petits soucis, hein? Mais qu’est-ce qui s’est passé pour que ça vire à la catastrophe? Ça ne se passerait plus si bien au lit? «Ruth Westheimer, la sexologue nonagénaire ultra-médiatisée aux Etats-Unis, s’est fendue d’un tweet attendrissant» sur cette séparation, relève encore Le Figaro Madame. «Un brin récupératrice», elle fait dans le lourd sous-entendu: «Peut-être que s’ils m’avaient contactée, j’aurais pu les aider»:

En fait, peut-être que non. Parce qu’«après l’annonce choc, […] les langues se délient», écrit le site Pure People. «Selon la presse américaine, l’homme d’affaires et son épouse ont définitivement mis un terme à leur relation après que celui-ci s’est épris d’une autre femme…»:

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