Revue de presse

Jerome Powell, un «drôle d’oiseau» à la tête de la Réserve fédérale

Sans surprise, Donald Trump a nommé le candidat pressenti comme nouveau président de la Fed. Un homme du sérail, de compromis et de consensus, presque terne. Il ouvrira sans doute la porte à un assouplissement des règles financières, selon les médias

«Voilà le nouveau patron, presque le même que l’ancienne patronne», ont résumé les analystes de Barclays Research. Avec Jerome «Jay» Powell, 64 ans, à la tête de la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed), Donald Trump opte «pour la continuité», juge le Financial Times, à l’instar de tous les autres commentateurs de la place. Donald Trump a en effet choisi un homme du sérail pour diriger la banque centrale américaine en remplacement de Janet Yellen, dont le mandat s’achève en février 2018.

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Le président marque ainsi, pour une fois, une volonté de stabilité, même si son seul intérêt, aux yeux de Courrier international, semble être de vouloir «détricoter l’héritage Obama», donc de mettre son grain de sel dans la gouvernance de la banque centrale. Déjà haut responsable à la Fed, Powell est un républicain modéré, juriste et ancien banquier, qui va donc présider aux destinées de la politique monétaire états-unienne. Sa nomination pour quatre ans doit encore être confirmée par le Sénat.

«Ni faucon ni colombe»

Avant lui, Janet Yellen, 71 ans, l’éminente économiste appartenant au Parti démocrate, avait été nommée par Barack Obama en 2014. Elle a été la première femme à diriger l’institution monétaire. Aujourd’hui, elle se dit «confiante» dans le «profond engagement» de son successeur «à mener à bien la mission publique vitale de la Réserve fédérale»: «Je suis déterminée à travailler avec lui pour assurer une transition en douceur.»

Mais c’est aussi «un drôle d’oiseau», ce Powell, selon Les Echos: «Ni faucon ni colombe», il apparaît juste comme «un pragmatique de la régulation financière». Ni plus ni moins, dans le juste milieu, presque terne. «Il est fort, il est déterminé, il est intelligent», a tout de même précisé Donald Trump en annonçant cette nomination à la Maison-Blanche. Il a souligné que l’ancien banquier allait apporter «une expérience unique du monde des affaires» et loué le travail de la sortante, qu’il a qualifiée de «personne extraordinaire».

Une nomination qui n’intéresse personne

«Pari très sûr», donc, selon le Wall Street Journal, quoiqu’il représente une des décisions économiques les plus importantes du mandat de Donald Trump comme de tous ses prédécesseurs, la Fed étant la banque centrale la plus puissante du monde. Ses initiatives monétaires peuvent doper ou ralentir la première économie mondiale en fixant le coût du crédit, influer sur le dollar et, par là, sur tous les marchés financiers.

Pourtant, s’amuse The Atlantic, «il n’y a bien que les médias [et Donald Trump]» que cette nomination intéresse. Même si le président assurait que «tout le monde [allait] être impressionné, ce nouveau reality show fait beaucoup de bruit pour la nomination d’une personne que seuls 24% des Américains peuvent correctement identifier, selon une enquête réalisée en 2014, huit mois après la nomination de Janet Yellen».

Cela n’a pas empêché l’économiste Torsten Slok de la Deutsche Bank à New York de lui souhaiter: «Bienvenue, Jay Powell», relève le quotidien économique allemand Handelsblatt. Car c’est, selon lui, «un travail ingrat que de travailler pour la Fed, constamment critiquée par les politiciens, les marchés, parfois même par d’autres banquiers centraux, la Banque des règlements internationaux, le Fonds monétaire international et l’OCDE. Et cette critique se produit toujours, même si la Fed a sauvé le monde en 2008 et 2009 et depuis lors fait un très bon travail.»

«Le véritable défi pour Powell viendra lorsque la prochaine récession aux Etats-Unis se présentera, poursuit le quotidien. Cela pourrait bien se produire au cours de son mandat de quatre ans. Dans cette situation, en plus d’une action courageuse, une bonne communication est avant tout nécessaire. Bien que Powell n’ait pas un grand charisme en tant que personne, il est peu probable qu’il devienne un magicien de l’histoire.»

Respecté au-delà des partis

Jerome Powell, avocat et ancien banquier d’affaires multimillionnaire mais qui n’est pas économiste de formation, figurait déjà parmi les gouverneurs de la Fed depuis 2012, nommé à l’époque par Barack Obama. Il est vu comme un homme de compromis et de consensus. Tout au long de sa carrière, il «a gagné le respect des membres du Congrès, au-delà des lignes partisanes», a ajouté le président républicain.

Visiblement ému en s’exprimant ensuite dans la roseraie de la Maison-Blanche, il s’est engagé «à prendre des décisions avec objectivité sur la base des meilleures données disponibles dans la longue tradition d’indépendance de la politique monétaire». Programme qui ne mange pas de pain, mais qui s’inscrit dans l’exacte filiation de Janet Yellen et de ses décisions. De quoi incarner une continuité rassurante pour les marchés, et de quoi «sceller la poursuite d’un resserrement monétaire prudent», aux yeux de L’AgefiFrance. Sur le front monétaire, le nouveau a toujours suivi les décisions de l’ancienne – quoique sur la régulation financière, un des chevaux de bataille de l’administration Trump qui veut déréglementer, il apparaisse plus souple.

«Un gage pour les démocrates»

Ce choix, qui est donc «un gage pour les démocrates» selon le quotidien économique et financier français La Tribune, permet aussi à Donald Trump de marquer de son sceau la direction de la banque centrale en choisissant un républicain. Interrogés sur ce point, des responsables de la Maison-Blanche se sont gardés de mettre en avant son appartenance politique pour expliquer ce choix, soulignant plutôt son expérience professionnelle et sa capacité à forger des consensus. Ayant travaillé pour le secteur privé, Powell «connaît l’impact de la régulation et de la politique monétaire sur l’économie», a déclaré un responsable.

Même si Donald Trump lui a rendu hommage jeudi, c’est la première fois depuis quarante ans qu’un président américain ne reconduit pas un patron de la Fed nommé par son prédécesseur: «Chacun des présidents de la Fed de l’histoire moderne a été nommé pour un deuxième mandat, s’étonne un brin le New York Times, et les trois derniers l’ont été par un président du parti opposé [à celui qui l’avait nommé en premier lieu].» Pourtant, ce «n’est pas une surprise dans un processus devenu, avec le temps, de plus en plus partisan», estime Le Devoir de Montréal.

Bien qu’il ne soit pas docteur en économie comme ses prédécesseurs, ce juriste de formation, qui fut secrétaire adjoint au Trésor sous George Bush père, a «obtenu un certificat d’apprentissage en économie après cinq ans de délibérations du Comité monétaire de la Fed», a plaisanté Terry Sheehan, économiste pour Oxford Economics. Mais cette particularité est vue comme plutôt positive par tous les médias américains, qui le font savoir, rassurés, sur Facebook. C’est en cela que réside «le vrai changement», conclut Il Sole-24 Ore en Italie.

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