Jérusalem est à prendre. C’est un paradoxe pour une cité sillonnée par les forces de l’ordre israéliennes et quadrillée de caméras de sécurité, mais la Ville trois fois sainte cherche aujourd’hui son nouveau maître. Les suprémacistes juifs d’extrême droite, galvanisés par les résultats des dernières élections israéliennes, et qui ont multiplié depuis lors violences et provocations? La jeunesse palestinienne de Jérusalem-Est soumise à toutes les humiliations et qui, faute de tout espoir placé en quiconque, s’éveille à une nouvelle rébellion? Le Hamas qui rêve de prendre en Cisjordanie un rôle plus large que celui de piètre gestionnaire de la misère à Gaza, et qui menace déjà de lancer une nouvelle Intifada?

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La terrible conflagration qui avait commencé ici il y a vingt ans, et qui résulta en un désastre tant pour les Palestiniens que pour les Israéliens, fut appelée «l’Intifada Al-Aqsa», du nom de la mosquée de Jérusalem. C’est sur la même Esplanade des mosquées que la police israélienne s’est livrée ces jours à des actes de brutalité indignes, qui ont causé des dizaines de blessés et dont les répercussions sont encore en cours, à Gaza ou dans les villes israéliennes frappées par des roquettes du Hamas.

Bien sûr, la mosquée Al-Aqsa (où se dressait autrefois le temple de Jérusalem) est un lieu sacré, d’autant plus durant le mois du ramadan. Bien sûr, à travers elle, c’est le «statu quo» de Jérusalem qui est en jeu, soit la cohabitation entre les diverses religions, tant défendue par Israël, du moins dans la rhétorique. Mais bien plus prosaïquement, pour les Palestiniens de Jérusalem, cette esplanade que domine aussi le Dôme du Rocher est pratiquement le dernier endroit où ils ne risquent pas encore d’être assiégés par la police ou les ultras israéliens. Un tout dernier refuge qui fait office d’espace souverain. Un modèle réduit de l’Etat auquel les Palestiniens aspirent depuis des décennies.

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Il n’est pas étonnant que cette nouvelle déflagration se produise aussi au moment même où des dizaines de familles risquent d’être expulsées de leur maison, dans le quartier arabe de Cheikh Jarrah. Pour les Palestiniens de Jérusalem, le droit au logement, comme tous les autres, dure le temps que veut bien leur accorder l’occupant.

Alors qu’Israël est entièrement auto-absorbé depuis des mois par les intrigues politiques et le covid, il est sans doute superflu de déterminer si cette politique explosive vise à contenter l’extrême droite, ou si cette même droite raciste ne fait qu’exploiter le flou général. Quant au président Mahmoud Abbas, il est tout aussi futile d’attendre de lui et de son Autorité palestinienne la moindre initiative. Vu de Jérusalem-Est, il n’est plus guère qu’un vieil épouvantail en lambeaux, mi-inutile mi-nuisible.