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Vue du quartier historique de Jérusalem. Décembre 2017
© THOMAS COEX

Opinion

Pour Jérusalem, rêvons un rêve

OPINION. Le statut de Jérusalem ne peut dépendre de sa reconnaissance comme capitale d’Israël par le président américain, estime le rabbin François Garaï. La ville doit demeurer ouverte à tous, y compris dans la perspective d’un Etat palestinien à venir

Que de complications au sujet de Jérusalem, cette ville au sujet de laquelle nous, Juifs, prions chaque jour. Dans la 14ème bénédiction de la prière centrale de l'office quotidien, nous disons: A Jérusalem, Ta ville, Tu résideras et Tu l'empliras de justice et d'équité; construis Sion dans une permanence, bientôt et de nos jours. Béni sois-Tu Eternel, qui bâtis Jérusalem. Une telle prière quotidienne concernant Jérusalem n'existe que dans la liturgie juive. Et toute l'année, pendant nos prières, nous nous tenons dans la direction de Jérusalem.

Constatons que lorsque Jérusalem faisait partie d'un ensemble étatique ou national autre que juif, elle ne fut jamais une capitale. Elle ne le fut que dans le cadre d'un royaume ou d'un état juif et ce, depuis l'Antiquité.

Rappelons qu'en 1995, le Congrès américain a voté à l'unanimité le Jerusalem Embassy Act, qui invitait le Président des Etats-Unis à transférer l'ambassade américaine à Jérusalem.

Remarquons également que Bill Clinton, George Bush Junior et Barack Obama, lors de leur campagne pour la présidence, se sont tous engagés à ce que, une fois présidents, ils déclareraient Jérusalem capitale de l'Etat d'Israël.

Enfin observons que, dans la pratique diplomatique, lorsqu'un président ou un ministre se rend en Israël, il rencontre son homologue israélien à Jérusalem. Il en va de même du Pape.

Jérusalem, ville ouverte

Si la Déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël fut prononcée à Tel-Aviv et non à Jérusalem, c'est que David Ben Gourion, laïc affirmé, voulait que ce moment ne soit pas rendu encore plus écrasant émotionnellement par la charge liée à Jérusalem. Et on voit bien que ces derniers temps, cette charge émotionnelle ne s'est pas estompée, ni chez nos coreligionnaires, ni chez les musulmans, du moins parmi leurs dirigeants politiques et religieux.

Le statut de Jérusalem dépend-il de la déclaration du président d'un pays, quel qu'il soit? Le penser c'est rabaisser Jérusalem au rang de sujet politique

Qu'en pensez? Faut-il dire ce qui se pense mais ne doit pas se dire? Faut-il taire ce qui peut se penser mais non se dire? Je ne sais pas quelle est la bonne réponse, et nul ne le sait. Seuls les développements à venir nous le diront. Et pour que ces développements aillent dans le sens de la paix, encore faut-il se départir des pulsions qui font appel à la rage ou à l'exaltation.

Le statut de Jérusalem dépend-il de la déclaration du président d'un pays, quel qu'il soit? Le penser c'est rabaisser Jérusalem au rang de sujet politique et l'exclure du domaine spirituel. Je souhaite que pour les croyants chrétiens, musulmans et les nôtres, Jérusalem reste une ville ouverte comme elle l'est aujourd'hui et ne soit pas divisée comme entre 1948 et 1967, lorsque les Juifs étaient interdits dans la partie annexée par la Jordanie.

La ville de la double paix

Je souhaite que Jérusalem, en hébreu: Yerouchalayim, devienne ce que son nom indique: la ville de la double paix. La paix est complexe, elle doit satisfaire toutes les parties et apaiser toutes les tensions. C'est pourquoi je rêve d'un consensus au sujet de Jérusalem et je sais que c'est un rêve. Je rêve que Jérusalem soit Yerouchalayim / la ville de la double paix, celle de tous ceux qui l'habitent, que les institutions de l'Etat d'Israël qui s'y trouvent puissent continuer à l'être et que soit trouvée pour les Palestiniens une solution équitable qui leur donnera un sentiment de plénitude.

Cette ville concerne les religions juive, chrétienne et musulmane, toutes tendances confondues, c’est-à-dire la majorité de la population mondiale. Comme le rappelle le rabbin David Meyer, pourquoi ne pourrait-on donc pas concevoir qu'une partie de cette ville devienne hefker, c’est-à-dire sans propriétaire ou hors de toute souveraineté – comme il en va des institutions onusiennes dans le monde – afin d'être hekdèch c’est-à-dire consacrée au-delà de toute politique et au-delà de tout état. Ne pourrait-elle pas être le siège d'une organisation internationale, avec un statut d'extra-territorialité, concernée par l'avenir de notre planète comme par exemple le siège d'une organisation mondiale pour le développement durable et l'écologie, et également une branche de l'Unesco, la culture étant gage d'apaisement. Cela permettrait de relâcher le nœud qui enserre Jérusalem. Elle serait alors pleinement la ville de la double paix, celle de la région et celle pour tous.

Je vous avais bien dit que je rêvais! Mais un jour la réalité sera ce rêve.

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