Il fut un temps où l'on jalousait les démocrates américains. Le parti réunissait les meilleurs candidats imaginables, comme autant de beaux étalons piaffant d'impatience sur la ligne de départ. Par contraste, les républicains ne semblaient leur opposer que de vieux canassons, d'autant plus impuissants qu'ils avaient les pattes arrière entravées par l'héritage de l'administration Bush.

Mais cet avantage s'est progressivement transformé en fardeau. Barack Obama, qui devrait faire figure aujourd'hui d'incontestable favori, a déjà un peu perdu de sa superbe au fil de ces longs mois de campagne. Et surtout, reste la question clé: que faire désormais d'Hillary Clinton, celle qui, loin de s'avouer vaincue, continue de mener une bataille acharnée, au risque de s'épuiser elle-même, son rival, son parti, les électeurs américains, et le reste de la planète?

Tout le monde en convient: ne serait-ce que par sa stature et sa ténacité, «Hillary» doit encore disposer du choix des armes et mérite en tout cas une porte de sortie digne. Pourtant, c'est la candidate elle-même qui se prive pour l'instant de cette issue. Refusant l'évidence, elle poursuit des objectifs qu'elle est seule désormais à pouvoir réellement cerner.

Veut-elle imprimer jusqu'au bout sa marque, et s'assurer que ses promesses politiques (notamment en matière de santé) ne s'évanouiront pas avec la fin de sa candidature? C'est la version idéaliste, à laquelle s'oppose pourtant une thèse plus cynique: Hillary ne roule plus que pour elle-même. Le combat désormais perdu, il ne s'agit plus aujourd'hui que d'influer sur le rapport de force, soit pour devenir la vice-présidente d'Obama, soit pour viser la prochaine échéance, dans quatre ans.

Pour les démocrates, bien sûr, le problème est devenu simple: plus Hillary Clinton veut se montrer forte et plus son adversaire Obama risque de paraître faible. Le risque, c'est que les deux étalons démocrates se soient tellement mordus avant le départqu'aucun des deux ne soit plus en état de participer à la course proprement dite.

Pourtant, le moment de la course est encore bien loin, puisqu'elle ne finira qu'en novembre. A l'échelle de cette campagne où - à la télévision, sur YouTube, sur des milliers de blogs - chaque frémissement des candidats peut être suivi en direct, ce n'est rien de moins qu'une éternité.

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