La vie à 30 ans

Jeu de rôles 

OPINION. Notre chroniqueuse revient sur les suites de l’affaire Weinstein. Avec une petite expérience où elle inverse les comportements douteux entre l’homme et la femme

Les trois quarts des Français ne distinguent pas bien la différence entre la drague, le harcèlement et les blagues salaces, ai-je lu sur le site du Monde. Trois personnes sur quatre, c’est étrange… Il ne me semble pas qu’un comportement déviant soit si difficile à repérer, ai-je pensé avant d’être happée par le flux incessant du hashtag #metoo qui envahissait mon écran.

J’y ai repensé lorsqu’un ami m’a sorti une remarque qui allait dans le même sens. Un couple sur trois se forme sur le lieu de travail, alors bon, avec toutes ces histoires de harcèlement, de dénonciation, on ne pourra plus draguer au boulot? Là, je suis tombée des nues. Et la nudité, pour une fois dans ces histoires de harcèlement, n’a rien à voir là-dedans. Les nues, vous le saviez peut-être, désignent un groupe de nuages. Tomber du ciel, aurais-je pu dire, mais j’aurais eu peur qu’il me tombe à son tour sur la tête.

Pas bien, mon ami

Bref, avec mon ami, j’ai usé des grands moyens. Je lui ai dit: «Sors de la pièce, je vais te montrer.» J’ai pris une voix grave et je l’ai appelé: «Aïna, vous pouvez venir?» Je lui faisais jouer mon rôle, qu’il comprenne une fois, ce que c’est que d’être dans la peau d’une femme. «Oh vous êtes toute en beauté, Aïna, aujourd’hui. Cette jupe vous met superbement en valeur. Tournez un peu pour voir, mmh! A partir de maintenant, interdiction de venir au bureau habillée avec un vêtement plus long que ça!» Il n’avait pas l’air bien, mon ami, il m’a demandé si ça m’arrivait souvent qu’on me parle comme ça.

La parole libérée

Je lui ai joué la drague, ensuite, qu’il voie. «Eh Aïna, super ton article du jour! J’aime toujours bien te lire. Je me disais: on pourrait aller déjeuner une fois cette semaine, parler boulot, tout ça, enfin, je ne sais pas, hein, si ça te dit…» Tu piges, l’ami, la différence entre ces deux attitudes? Là, je ne me sens pas mal à l’aise, je me sens valorisée, je n’ai pas l’impression d’être dégradée dans mon job, mais d’être à ma place dans cette rédaction.

Depuis quelques jours, ils sont nombreux, les gars qui remettent en question toutes les remarques qu’ils ont pu sortir aux filles assises à leurs côtés. Ils sont ébranlés, comme nous, par les proportions inédites qu’ont prises les paroles libérées de la femme qui, en 2017, n’est pas encore du tout libérée, elle. Les propos sexistes, les pressions à caractère sexuel, désormais on les dénoncera, sans peur d’être jugée, ou de perdre notre poste, comme ça arrive dans 95% des cas. Débarrassé de ça, l’amour naîtra encore plus fort sur les lieux de travail.


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