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La «une» de «L'Hebdo» du 2 avril 2015.
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La vie à 30 ans

Jeu, set et match

Notre chroniqueuse compare les destins croisés de deux références populaires suisses

Mardi, j’ai regardé le match de Federer avec un collègue. Tous deux ont 35 ans. Ils sont nés en 1981, juste après l’élection de François Mitterrand. Je suivais ce match avec émotion. Parce que l’un d’eux, notre star nationale de la raquette, renaissait encore une fois de ses cendres. On le croyait perdu, on le tenait quasi pour mort. Après avoir été classé premier, il n’est plus que 17e mondial, c’est-à-dire rien. Dure, la descente. Impossible, la remontée, qu’ils disaient. Et pourtant, là avec mon collègue, on le regardait aligner les sets, et gagner. La foule debout, acclamant le come-back, et lui comme un enfant qui aurait fait une nouvelle farce.

Pas mal d’émotion, je vous disais, parce que mon collègue, depuis quelque temps, on le disait assez malade. On pensait qu’il pouvait s’en sortir mais, là, brusquement, on lui a annoncé une fin prochaine. Pour dire vrai, il lui reste une petite semaine à vivre. Il sera mort jeudi prochain.

«C’était bon pour la tête»

Lui aussi était une personnalité. Sa notoriété dépassait nos frontières. Il était craint des politiciens, admiré des libres-penseurs, se mettait les notables à dos, il était irrésistiblement insolent, ce qui faisait son charme. Avec lui, on a abordé des sujets tabous, on a repoussé quelques limites, il avait toujours une bonne histoire à raconter et il savait se faire entendre. C’était bon pour la tête.

Vous me voyez venir. Je parle déjà au passé, parce qu’avec le temps, il a un peu perdu de sa fougue. Je le regardais en coin, pendant que Federer se débarrassait de son adversaire. Je le trouvais bien maigre, un peu fatigué. Je me disais, quel gâchis. Comme c’est imprévisible, la vie. On perd, on gagne, on fait de son mieux, des fois ça ne suffit pas. Tomber dix fois, se relever neuf. Federer, quand il rate, il dit qu’il faut parfois accepter que l’autre gars ait mieux joué que soi. Mais on ne ressemble pas tous à Roger.

L’un s’en sort, l’autre s’en va

C’est ce que j’aurais voulu dire à mon collègue accablé. Que même lorsqu’on perd au dernier set, cela a compté, que l’on s’en souviendra, et qui sait? Comme Federer, peut-être que tout n’est pas fini. Mais là, mes mots ne valent pas grand-chose, pas plus que mes métaphores douteuses liant ces deux trentenaires. Pourquoi l’un s’en sort, tandis que l’autre s’en va? Je me demande si Federer lit les journaux, les magazines, s’il en a quelque chose à faire, de l’avenir de la presse. Je me demande s’il a déjà joué devant 156 000 lecteurs, non, spectateurs. Mon collègue faisait ça chaque semaine. J’adore quand Federer ressuscite. Mais pardon, aujourd’hui, je trouve que L’Hebdo, c’était plus important que le tennis.


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