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Ce mercredi à Barcelone.
© Eric Gaillard/AFP

Revue de presse

Ce jeudi se décide la relation future entre la Catalogne et l’Espagne

Jour «J». Les législatives imposées par Madrid à la communauté autonome «rebelle» prennent l’allure d’un «deuxième référendum» sur l’indépendance. Mais c’est aussi aujourd’hui que la «question catalane» en pose plus que jamais une autre: la «question espagnole» de la distribution du pouvoir

En se rendant aux urnes pour des législatives anticipées imposées par Madrid, les Catalans décident donc ce jeudi si les indépendantistes doivent rester au pouvoir dans leur région, deux mois après la proclamation d’une République de Catalogne mort-née qui a ébranlé toute l’Espagne et même au-delà. «L’attention se concentrera sur un seul point: le processus indépendantiste continuera-t-il ou s’interrompra-t-il dans cette région du nord-est de l’Espagne?» résume le politologue Joan Botella, professeur agrégé de sciences politiques aux multiples casquettes. Ce spécialiste des questions de politique comparée est doyen de l’Université autonome de Barcelone et président du mouvement catalan des Fédéralistes de gauche (Federalistes d’Esquerres), qui défend une Catalogne et une Europe fédérales.

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L’homme n’y va pas par quatre chemins, dans une passionnante interview publiée par le site Legrandcontinent.eu, qui donne tous les enjeux de la situation en ce jour de «deuxième référendum». Il ne croit pas que «la Catalogne puisse un jour être indépendante ou, du moins, pas avant très longtemps. La question catalane a surtout permis de soulever la «question espagnole», soit celle de la distribution du pouvoir au sein du territoire national. Le système de gouvernance territoriale espagnol a été défini comme «Etat des autonomies». Or, si des gouvernements territoriaux ont bien été créés – les dix-sept Communautés autonomes – l’Etat central traditionnel est resté inchangé, lui.»

Madrid, poursuit Joan Botella, est toujours parée de «la même vieille bureaucratie», des «mêmes structures administratives», de «la même tradition centralisatrice» héritées du franquisme. «Atténués pendant plusieurs années, ces éléments sont réapparus avec force à partir du deuxième mandat du président conservateur Aznar (1996-2004), dans les années 2000. L’émergence de la question catalane, qui continuait silencieusement de sommeiller, était donc inévitable. La crise ne pourra se résoudre qu’avec une réforme institutionnelle profonde et globale de la structure politique du pays.»

Des sondages hyperserrés

Pour l’heure, rien n’est moins sûr qu’un nouveau signal vienne du nord-est de la péninsule, car les sondages sont hyperserrés et «ne donnent favoris ni les séparatistes ni leurs adversaires», indique le site Eurotopics. Par ailleurs, «Carles Puigdemont, le président de région destitué et le candidat le plus en vue, est toujours à Bruxelles. Si certains commentateurs espèrent que ce vote permettra à la situation de se décanter, d’autres préconisent la tenue d’un autre scrutin avec de nouveaux candidats.»

C’est notamment l’avis du Periódico de Catalunya, lequel soutient que «si l’on veut tirer la Catalogne de l’ornière, un second scrutin sera indispensable». Celui d’aujourd’hui ne peut que préparer le terrain à un autre, «sans listes extravagantes et sans bouillonnement émotionnel. […] Il faudra de nouveaux visages et de nouveaux noms. Or pour l’instant, sur les listes bigarrées des candidats en lice, on ne trouve que les noms de ceux qui font partie du problème. Et ils nous promettent des solutions. C’est proprement impossible.»

De toute manière, «une indépendance officiellement accordée à la Catalogne […] semble impossible», confirme Joan Botella, car «il n’y a jamais eu dans l’histoire de sécession au sein même d’un Etat démocratique. […] Un autre scénario possible serait qu’à l’issue d’un long et profond conflit avec l’Etat central, la Catalogne réalise elle-même une indépendance de facto. Mais une telle décision se heurterait à l’opposition de la majorité des Catalans», dans cette «région où l’opinion publique est la plus attachée à l’appartenance européenne. Sans parler de la situation qu’elle entraînerait, celle d’une misère économique et d’un isolement international sans précédents. Or le peuple catalan n’a vraiment rien à envier à l’actuel Kosovo.»

Du couperet dans l’air

Alors? Alors, il y a du couperet dans l’air. Le quotidien ABC prévient: «Les Catalans vont voter librement, et s’ils font encore l’erreur d’élire une majorité séparatiste», ils doivent savoir que l’article 155 en vertu duquel Madrid a suspendu l’autonomie et le gouvernement régional restera en vigueur. Voilà pourquoi c’est «l’heure de vérité» pour le journal catalophone El Punt Avui, proche des indépendantistes, qui a les fesses entre deux chaises: il sait bien que ces élections régionales peuvent – et doivent, dit Madrid – mettre fin à la mise sous tutelle. De deux maux…

Pendant ce temps, en détention préventive, signale Courrier international, «Oriol Junqueras, de la Gauche républicaine catalane, favori dans les sondages côté indépendantiste, a rompu son alliance avec son ex-allié, le président catalan destitué et réfugié en Belgique, Carles Puigdemont». S’il veut accéder à la plus haute fonction de la région autonome, il lui faudra d’abord «tuer le père», juge le quotidien Expansión. Ce jeudi, donc, «plus question de coalition, mais d’un féroce désaccord entre les amants», ironise El País.

Une société fatiguée

Qui va gagner, entre les multiples factions qui vont s’opposer ce jour, indépendantistes, non-indépendantistes, constitutionnalistes, gauche, droite, centre? Impossible de le dire à cette heure dans le contexte de cette région «fatiguée par trois mois de tensions» et de «profondes divisions» dans la société. Fatiguée mais très mobilisée, car on s’attend à un taux de participation qui pourrait dépasser les 75%», explique Le Monde.

Le pourcentage élevé d’indécis et cette forte participation seront donc les arbitres qui feront basculer les résultats d’un côté ou de l’autre. Ou qui rendront la région ingouvernable, ce qui ne débloquerait pas non plus la situation.

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