Que faire pour que les femmes ne soient plus pénalisées dans le monde du travail? La question, rebattue jusqu’à satiété, a pourtant suscité un débat très animé chez les candidates au Conseil national invitées par deux associations féministes vaudoises fin septembre (l’Association vaudoise pour le droit des femmes et le Centre de liaison des associations féminines vaudoises).

En effet, bien que «libérées «depuis au moins 30 ans, les femmes sont toujours pénalisées dans leurs revenus. Les femmes gagnent en moyenne 20% de moins que les hommes, selon le Bureau fédéral de l’égalité. Ce qui conduit bien logiquement à un deuxième pilier plus faible que celui de leurs congénères masculins, de 42% en termes de capital et de plus de 50% en termes de rente, selon les calculs de l’OFS en 2012. On tente depuis des années d’imposer l’égalité salariale entre les hommes et les femmes mais sans succès. Essayons d’aborder ce problème autrement.

Pourquoi, à compétences et salaire similaires, un employeur préfère-t-il souvent embaucher un homme à une femme? La raison n’est pas nouvelle: avec sa capacité à donner la vie, la femme sera potentiellement hors service, professionnellement, pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Il faudra lui trouver un remplaçant, le former. Ou bien réorganiser l’équipe. A son retour, elle demandera peut-être un temps partiel. Ou sera peut-être plus souvent absente. Ou quittera l’entreprise pour un poste moins prenant ou une pause dans sa carrière. Bref, jusqu’à 45 ans, la salariée représente un risque économique qui se répercute en grande partie dans son salaire.

Je ne blâme pas les employeurs. Cette logique est celle de l’économie. Tout risque a un coût. Je blâme d’autant moins les employeurs que le bénéfice issu de ce risque, la naissance d’un enfant, ne leur apporte rien. C’est un événement qui, en réalité, concerne la société dans son ensemble. Un taux de natalité solide assure une transmission naturelle de la culture et des valeurs qui structurent le fonctionnement et l’identité d’un pays.

Aujourd’hui, seules 40% des femmes qui travaillent ont un emploi à temps plein en Suisse. 25% n’ont aucune activité professionnelle. Certaines mères se consacrent entièrement à leurs enfants par conviction. D’autres sont découragées de travailler par les tarifs des crèches: à Lausanne, comptez 1915 francs par mois pour un enfant accueilli toute la semaine lorsque le revenu du foyer atteint 12 500 francs brut mensuels, ce qui correspond à deux salaires médians. Charge à laquelle s’ajoute la fiscalité défavorable aux couples mariés, puisque les deux revenus étant cumulés, le taux d’imposition global grimpe.

Il faut repenser le modèle. Si la mère est irremplaçable en cas d’allaitement, rien de tel en ce qui concerne les soins, l’éducation, l’affection: l’intelligence du cœur suffit. Le père en est tout aussi bien doté que sa compagne. Et pour tisser un lien fort avec son enfant et l’aider à grandir, pas besoin d’instinct maternel: il faut être attentif et lui montrer qu’il compte, l’accompagner dans ses expériences quotidiennes pour le comprendre et créer une connivence, lui distiller son savoir avec bienveillance. C’est mon constat de mère de quatre enfants.

Or aujourd’hui, après un demi-siècle de féminisme, élever les enfants reste avant tout une affaire de femmes. Cette idée que c’est forcément à la mère de s’occuper des enfants est encore largement inscrite dans l’inconscient collectif mais aussi dans l’inconscient féminin. Conséquence: le risque économique lié à la reproduction du groupe est porté par les femmes.

Pour diluer ce risque, proposons aux pères et aux mères une prise en charge, à parts égales, des enfants. Le congé maternité pourrait être partagé entre les deux parents sous réserve que la mère ne souffre pas de complications dues à l’accouchement et que cela soit compatible avec un éventuel allaitement. Mieux, il pourrait être renforcé par deux semaines de congé paternité, comme proposé par le conseiller national Martin Candinas (PDC/GR). Ensuite, le père et la mère pourraient travailler à temps partiel. Avec un 80%, chacun pourrait consacrer un jour par semaine au bébé. Ne resteraient plus que trois jours de crèche à financer et peut-être seulement deux si les grands-parents peuvent entrer en matière.

Ainsi, le risque de «retrait «du marché du travail serait plus léger, et de surcroît, réparti entre la mère et le père. Hommes et femmes se retrouveraient sur un pied d’égalité, en termes de risque d’enfantement, aux yeux de l’employeur. Ce qui se traduirait de manière positive dans les revenus des femmes. Ce qui éviterait aussi leur marginalisation professionnelle ainsi que des coûts de formation pour leur réinsertion ou d’aide sociale au moment de la retraite. Enfin, la mise en œuvre d’un 80% est souvent assez simple pour l’entreprise.

Autre bénéfice notable pour la société: les pères pourraient, au travers de cette paternité renforcée, développer encore davantage de compétences personnelles enrichissantes comme la patience, la tolérance, l’empathie, l’humilité. Autant de qualités qui seraient ensuite instillées avec profit au monde économique.

Cela supposerait un développement du temps partiel pour les hommes, bien au-delà des 14% actuels. Et un sacré changement d’approche, aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

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