La vie à 30 ans

Ces jeunes qui vont voter oui à «No Billag»

OPINION. Pourquoi?, se demande notre chroniqueuse. Parce qu’ils trouvent que payer pour une télé qu’ils ne regardent pratiquement plus, pour une radio qu’ils n’écoutent pas, c’est trop cher

J’imagine qu’il faut d’abord que je précise une chose: je vais voter non, pour toutes sortes de raisons qui me semblent évidentes. Parce que si je ne le dis pas, je vais me faire brûler vive comme une sorcière puis emporter comme cendres au vent par la tempête alentour. Mais il y a un lourd malaise.

Agacés et fatigués

Autour de moi, dans ma génération de vingtenaires et de trentenaires, je ne compte plus les amies et amis qui vont voter oui à «No Billag». Surtout, je ne compte plus ceux qui sont agacés, fatigués, voire énervés qu’on les prenne pour des demeurés, qu’on ne leur donne jamais la parole, qu’on leur dise qu’ils n’ont pas compris, pas lu le texte, qu’ils ne saisissent pas les enjeux. Ils ont lu. Ils ont compris. Ils sont au courant. Mais ils vont voter oui tout de même. Parce qu’ils trouvent que payer 450 francs par an pour une télé qu’ils ne regardent pratiquement plus, pour une radio qu’ils n’écoutent pas, c’est trop cher.

«Tu paies pour ce que tu consommes»

Oui, il peut leur arriver de temps en temps de rigoler sur une chronique de Yann Marguet ou un vieux bout de 26 Minutes Mais c’est cette télévision qui, elle, ne les regarde plus, ne les montre plus, depuis trop longtemps. Ça doit être cela, ce que Gilles Marchand appelle le «manque de dialogue avec la société». Ces jeunes ont été élevés dans l’idée que tu paies pour ce que tu consommes, avec en plus, une offre qui s’adapte à tes goûts: Spotify, iTunes, Netflix, ils savent que ça existe, à la SSR?

C’est la même chose pour les retraités qui peinent à finir le mois, ou pour d’autres catégories de la «société civile», tous ceux que la télé appelle avec mépris les «vraies gens» sans jamais les connaître. Ils pensent que c’est trop d’argent pour ce que c’est, la redevance. Loin d’eux l’idée de voter contre la «cohésion nationale» dont on leur rebat les oreilles. On dirait les discours sur l’armée remis à la sauce télé d’Etat.

Et l’ascenseur social?

Le danger de cette initiative est peut-être dans cet «entre-soi», dans cette façon dont les politiciens, et la société artistique et médiatique (celle qui passe dans le poste) a l’air de protéger un pré carré, le leur, sans voir que dans cette Suisse où l’ascenseur social se bloque, où les gains et bénéfices sont mal redistribués, où le pouvoir d’achat de la classe moyenne, des jeunes et des vieux, baisse depuis des années, le citoyen finit par se poser des questions. Voter oui à «No Billag», c’est leur réponse.


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