Il est toujours plus facile de renoncer que de faire preuve de courage et de volonté. Dénigrer un grand projet tel que les Jeux olympiques d’hiver en Suisse par quelques lignes approximatives, comme l’a fait la NZZ du 24 février dernier, relève de ce manque de courage, d’objectivité et de détermination capable de concrétiser les plus belles idées.

A la lecture des arguments avancés contre cette éventuelle candidature helvétique, on pourrait croire que la Suisse est un pays pauvre, sauvage ou trop refermé sur lui-même pour inviter le monde des sports d’hiver à célébrer l’olympisme dans nos Alpes.

Là où il faudrait faire preuve d’enthousiasme et de clairvoyance, nous retombons dans nos travers hésitants, bloqués par des considérations mesquines et infondées. Les mêmes réflexes timorés qui empêchent la Suisse de présenter son véritable visage au monde à la hauteur de son potentiel. Une Suisse ambitieuse, à la pointe de la recherche mondiale et de la qualité de vie, capable de rapporter le plus vieux trophée sportif sur ses terres et d’enfanter le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Une Suisse qui, de Davos à Zermatt, de Saint-Moritz à Crans-Montana, porte dans ses gènes l’histoire des sports d’hiver. Et l’on voudrait nous faire croire que notre pays n’est pas capable d’organiser les Jeux olympiques d’hiver?

Mais qui peut encore le croire aujourd’hui? Pas les Américains en tout cas qui, au contraire, proposent sous la plume d’un journaliste respecté du New York Times (1.03.) «de baser toutes les activités olympiques en Suisse, pays de la neutralité, qui possède la géographie, le climat, le savoir-faire et les réseaux de transport nécessaires pour accueillir les Jeux d’été comme d’hiver».

Sans aller jusque-là, c’est un point de vue qui rejoint dans une certaine mesure celui de Jacques Rogge, président du Comité international olympique (CIO), qui lui ne cultive aucune ambiguïté quand il s’agit d’évoquer une future candidature suisse: si la Norvège, avec ses 4,5 millions d’habitants, peut organiser de splendides Jeux à Lillehammer, pourquoi pas la Suisse, avec une population de 7,5 millions, sa géographie, ainsi que sa connaissance et son amour des sports d’hiver?

Apparemment, nous sommes quasiment les seuls à ne pas croire en nos capacités. Même l’association faîtière Swiss Olympic se joint au chœur des sceptiques alors que son rôle serait justement de promouvoir une candidature qui a toutes les chances d’aboutir si elle ne répète pas les erreurs du passé.

Nous savons en effet aujourd’hui que c’est la candidature de Sion 2006 – et non celle de Turin – qui aurait été retenue par le CIO si la Confédération avait avancé des garanties comparables à celles de l’Etat italien. Cet exemple montre que la volonté nationale est indispensable et que, pour une fois, notre pays doit se montrer uni et déterminé afin de défendre une cause nationale. S’appuyant sur la volonté du conseiller d’Etat genevois Mark Muller de relancer une candidature genevoise et valaisanne, le Conseil fédéral devrait sans délai charger Swiss Olympic de préparer une candidature pour 2022, puisqu’il est déjà trop tard pour 2018.

Malgré les six médailles d’or obtenues à Vancouver, de nombreuses fédérations suisses se plaignent du manque de potentiel de la relève. Une candidature nationale et la mobilisation générale qui accompagne la perspective d’un événement d’une telle envergure peuvent susciter de nombreuses vocations et faire évoluer positivement ce dossier, pour le sport de haut niveau et, plus globalement, pour transmettre les valeurs fondamentales du sport à nos enfants, le goût de l’effort et la capacité à se dépasser. Nos concitoyens sont bien plus sportifs que ce que veulent bien laisser penser les faiseurs d’opinions.

Lorsqu’un pays peut se permettre de dépenser 1,3 milliard de francs pour une exposition nationale, il est difficile de concevoir qu’il ne puisse tenter la magnifique aventure des Jeux olympiques d’hiver. Le projet Genève-Valais 2022 réactualisé et repensé propose même de combiner une exposition nationale avec les JO afin de mettre ainsi en place une fantastique vitrine de notre pays, avec ses musées, ses festivals de musique, son folklore, son savoir-faire historique et ses beautés naturelles. Cet événement parallèle se déroulerait dès l’ouverture des Jeux jusqu’à la fin de l’automne et donnerait un véritable coup de fouet au tourisme avec de belles retombées économiques pour notre pays.

La candidature Genève-Valais n’est pas la seule solution envisageable pour présenter une candidature suisse. On peut aussi envisager de s’appuyer sur Zurich ou Lucerne avec l’appui d’Engelberg et Andermatt. L’essentiel est que les lieux des épreuves alpines ne soient pas situés à plus d’une heure et demie de la ville candidate. Même Coire avec Davos et Saint-Moritz pourraient avoir une belle carte à jouer. Notons d’ailleurs que Coire n’est pas plus petite qu’Annecy, candidate aux Jeux olympiques d’hiver pour 2018 en s’appuyant sur le soutien de Genève pour l’hébergement et le transport aérien. Quoi qu’il en soit, les épreuves de patinage devraient avoir lieu dans une ville de taille respectable à l’image de Genève, Zurich ou Lucerne. Avec ou sans les Jeux, il faudra de toute façon construire dans ces villes suisses une patinoire moderne, de préférence multifonctionnelle.

La Suisse est un pays touristique. Suisse Tourisme a compris depuis longtemps à quel point une telle vitrine sportive serait importante pour notre pays. Même si notre candidature n’était pas immédiatement couronnée de succès, elle donnerait une impulsion essentielle pour apporter à nos infrastructures les améliorations dont elles ont grand besoin afin de préserver notre rang touristique mondial alors que plusieurs signaux d’alerte se sont déjà allumés.

Nul ne peut nier que l’image de la Suisse a beaucoup souffert ces derniers temps en perdant une partie de son prestige. Il est temps d’adresser au monde un message universel, de donner raison à tous ceux qui pensent à l’étranger que la Suisse est une terre naturelle d’accueil des Jeux olympiques. Il est temps de prouver au monde que la Suisse ne se limite pas au secret bancaire ou aux minarets, mais que nous pouvons réaliser de grandes choses quand nous sommes unis et que nous rassemblons tous nos incomparables talents.

Depuis que mon père Bibi Torriani [la légende de hockey sur glace suisse] a prêté le serment olympique à Saint-Moritz en 1948, l’Italie, la France et l’Autriche ont accueilli deux fois les Jeux olympiques d’hiver. L’Allemagne pourrait très bientôt elle aussi atteindre ce chiffre. Sommes-nous capables de faire aussi bien qu’eux? La réponse est évidente, j’aimerai qu’elle soit partagée par tous mes compatriotes.

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