Editorial

Les Jeux olympiques à l’épreuve du peuple

Pour la candidature olympique parisienne, le plus dur commence. Maintenant que Los Angeles a accepté de se rabattre sur l’édition suivante, la capitale française est assurée d’obtenir les JO 2024. Ce n’est qu’un premier pas

En mal de dossiers solides, le CIO est désormais moins difficile à convaincre que les populations locales. Dans la course aux JO 2024, les candidatures de Rome, Hambourg et Budapest ont été torpillées de l’intérieur par des impulsions citoyennes (élection, votation, pétition). Dans une France habitée par la tradition de la révolte dans la rue, il n’est pas impossible d’imaginer se dresser un front d’opposants, redoutant les dépenses inconsidérées générées par un tel événement.

Pour Paris comme pour la candidature suisse romande aux Jeux olympiques d’hiver 2026, le passage en force n’est pas une option. Il faut faire l’effort de discuter avec les contradicteurs et accepter les regards extérieurs. Car les JO ne sont pas l’affaire de deux semaines de compétition. Pour les organiser, villes et pays se transforment durablement et investissent massivement. Que l’héritage comprenne des dettes à rembourser n’est pas rédhibitoire, mais il vaut mieux en être conscient dès le départ plutôt que de découvrir ensuite un cadavre dans le placard. Les images des installations sportives laissées à l’abandon à Athènes, Sotchi ou Rio donnent aux habitants l’impression de s’être fait berner par de belles promesses et d’avoir gaspillé l’argent public.

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Cinq ans après les JO 2012, les Championnats du monde d’athlétisme vont braquer les projecteurs sur Londres, son stade et son héritage olympiques. Tout n’y est pas rose. Les habitants ne font pas plus de sport qu’avant, les prix de l’immobilier augmentent dans des quartiers populaires, 29 athlètes convaincus de dopage ont dû rendre leurs médailles et le Royaume-Uni, quelques années après avoir ouvert ses portes au monde pendant deux semaines, s’est replié sur lui-même en votant le Brexit.

Contrasté, le bilan illustre bien les différences entre projet et réalité. Extatique, Jacques Rogge – alors président du CIO – déclarait lors de la cérémonie de clôture qu’il venait d’assister aux «meilleurs Jeux jamais organisés». L’histoire démontre avec du recul que même l’élève modèle anglais n’avait pas tout bon sur sa copie. Les futures villes hôtes ne peuvent plus simplement promettre à leur population que tout sera merveilleux.

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