Revue de presse

Avec les Jeux olympiques, un dégel intercoréen, vraiment?

Les sceptiques estiment que la participation des Nord-Coréens aux JO de Pyeongchang ne relève que de la propagande. La détente avec Séoul survivra-t-elle à la trêve olympique? Les médias en doutent

L’avion transportant la délégation officielle nord-coréenne, dont la sœur du leader nord-coréen Kim Jong-un, s’est posé ce vendredi en Corée du Sud un peu avant 6 heures (heure suisse). Une première historique à quelques heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang. L’appareil qui arborait l’inscription «République populaire démocratique de Corée», le nom officiel du régime de Pyongyang, a atterri sur l’aéroport d’Incheon, près de Séoul, selon la télévision sud-coréenne. Il transporte également Kim Yong-nam, le chef honorifique de l’Etat, «président du présidium de l’Assemblée populaire suprême», selon le protocole:

Ces Jeux, qui se tiennent jusqu’au 25 février, «se targuent d’être une vitrine des performances sud-coréennes», selon Courrier international. Mais ils font aussi «naître des espoirs de paix sur la péninsule», du fait de la participation de sportifs nord-coréens, déjà arrivés au Sud le 1er février dernier. De l’avis de l’hebdomadaire Chugan Kyunghyang, «d’aucuns disent que l’ambiance n’a rien à voir avec l’excitation collective de Séoul 1988, mais les JO comptent néanmoins parmi les grandes festivités internationales». Ce, d’autant que les Sud-Coréens les ont obtenus après deux échecs de leur candidature.

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Pour l’heure, on va donc voir deux Corées, mais un seul drapeau, explique le HuffingtonPost.fr. Lors de la cérémonie d’ouverture, les sportifs des deux pays «défileront ensemble, avec la même tenue et sous le drapeau de la Corée unifiée»: «Un total de 22 sportifs nord-coréens sera présent», des femmes pour la plupart, qui font «partie de l’équipe unifiée de hockey sur glace» féminine:

Cette politique de relatif dégel ne fait pourtant pas que des heureux. «Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir notre propre drapeau à la cérémonie d’ouverture? Parce que ce sont les Jeux de Pyongyang», s’offusquait mardi un manifestant venu protester contre l’arrivée d’un ferry nord-coréen dans la ville de Donghae, à l’est du pays. «La décision du Nord de participer à ces JO, qui se déroulent à tout juste 80 km de la frontière, symbolise «les Jeux de la Paix» souhaités par le Sud, alors que depuis des mois, les tensions se sont «multipliées entre ces deux pays toujours officiellement en guerre, sur fond de programme nucléaire nord-coréen et de tirs de tests de missiles».

Les «reines de beauté» nord-coréennes sont arrivées

Ces Jeux olympiques «permettent l’ouverture d’une nouvelle ère dans la péninsule coréenne, a estimé le président du CIO, Thomas Bach, avant le début de la compétition. Ils ont ouvert la porte à un dialogue pacifique. L’esprit olympique a rapproché les deux parties qui depuis bien trop longtemps sont séparées par la défiance et l’animosité.»

Mais, moins sérieux et «à quelques heures du lever de rideau, un seul sujet se révèle de taille à concurrencer» les températures glaciales qui règnent actuellement sur les sites des Jeux. Il s’agit, indique Libération, de «la troupe des 229 «reines de beauté» envoyées par le régime nord-coréen pour faire la claque dans les tribunes du ski de fond, du hockey féminin ou du patinage artistique. Habillées comme pour une publicité des débuts de l’ORTF, […] elles seraient logées à plus d’une heure de route des sites, dans un hôtel où les autres occupants ont été priés d’aller dormir ailleurs. Elles s’annoncent comme l’attraction des Jeux»:

«En parallèle, raconte un autre article de Libé, une troupe artistique de 140 personnes, une équipe de démonstration de taekwondo, 229 cheerleaders nord-coréennes et un service de presse sont en ce moment sur le sol sud-coréen. C’est inédit. Le gouvernement […] prend toutes les précautions afin de ne pas briser la fragile entente intercoréenne, ce au point d’indigner le camp des conservateurs, qui lui reproche une trop grande complaisance à l’égard du régime de Kim Jong-un.» Même si Séoul a dû «multiplier les dérogations pour accueillir les athlètes sans contrevenir aux sanctions qui frappent Pyongyang», lit-on sur le site de France 24. Reste que pour Les Echos, le Nord a carrément «cannibalisé» ces Jeux.

Une liberté très limitée

La liberté des Nord-Coréens restera cependant très limitée: «Ils sont strictement surveillés et contrôlés quand ils sont à l’étranger. Ils peuvent, à la rigueur, discuter de sujets banals avec des Sud-Coréens, mais il leur est strictement défendu d’aborder ceux touchant à la politique, et ils ne doivent pas quitter leur groupe. Ils seront sévèrement réprimandés dès leur retour en Corée du Nord s’ils le font.»

Et pendant ce temps, Pyongyang a organisé jeudi matin une nouvelle parade militaire. Le régime a «même avancé la date de l’anniversaire de son armée pour qu’elle tombe le 8 février. […] Des tanks, des blindés, des camions transportant des soldats ont défilé malgré le froid glacial» dans le centre de la ville, s’étonne Radio France internationale, qui juge le message «contradictoire». Mais «aucun journaliste étranger n’était invité, ce qui pourrait signifier que le défilé avait avant tout un objectif interne: le régime a voulu montrer à sa population que si l’ennemi du Sud est supérieur d’un point de vue économique et accueille ses 2es Jeux olympiques, lui reste supérieur sur le plan militaire»:

«Cette démonstration martiale a aussi permis au Nord de rappeler qu’en dépit de la reprise du dialogue avec le Sud, il n’a aucune intention de renoncer pour autant à son statut autoproclamé de puissance nucléaire. […] Elle renforce les suspicions des sceptiques qui estiment que la participation du Nord aux Jeux est avant tout une manœuvre de propagande et que la détente actuelle ne devrait pas survivre à la trêve olympique.»

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