(in)culture

Et Jim créa le Crystal

Film culte coréalisé en 1982 par Jim Henson et Frank Oz, «Dark Crystal» a été adapté en série par Netflix. Retrouver des marionnettes animées à l’ancienne procure un plaisir indicible

«Another world, another time, in the age of wonder…» Un autre monde, une autre époque, à l’âge du merveilleux: c’est ainsi que s’ouvrait, en 1982, Dark Crystal, un film de fantasy entièrement réalisé à l’aide de marionnettes. Le narrateur, en l’occurrence l’acteur irlandais Joseph O’Conor, exposait d’une voix de stentor la lutte opposant les redoutables Skeksès et les paisibles Mystiques, qui autrefois ne faisaient qu’un, pour le contrôle d’un cristal magique. Dis comme cela, ça a l’air un brin nunuche. Mais je vous jure que ce film de Frank Oz et Jim Henson, le créateur du Muppet Show et de la fantastique série Fraggle Rock – et je ne dis pas ça parce que son héros s’appelle Gobo – est une merveille.

Il y a des films qui, au-delà de leurs qualités intrinsèques, fédèrent des fans transis se souvenant avec émotion de l’épiphanie que constitua leur découverte. The Big Lebowski (1998) ou Donnie Darko (2001) sont ainsi devenus cultes quelques années après leur sortie, sans que je m’en rende compte. Sur le moment, ces deux longs métrages m’avaient paru sympathiques, sans plus. Alors qu’en sortant du cinéma qui, au printemps 1983, projetait Dark Crystal, j’étais en totale lévitation – j’avais alors juste 9 ans et me souviens d'avoir tenté de reproduire son univers dans ma chambre, à l’aide de peluches.

A lire:  Netflix confirme ses ambitions dans le jeu vidéo

Lorsqu’il y a quelques semaines, un collègue m’annonçait que Netflix avait produit une série ressuscitant cet «autre monde» imaginé par Henson, je retrouvais instantanément l’excitation ressentie il y a un peu plus de trente-six ans. Dark Crystal: le temps de la résistance se déroule avant les événements narrés dans le film. On y retrouve les méchants Skeksis, sortes de vautours dégénérés dont l’obsession de l’immortalité et les incessantes querelles sont pour beaucoup dans la réussite de l’entreprise, et les gentils Gelflings, décidant de mener la lutte contre ces abominables créatures voulant les vider de leur essence.

A l’ère de la toute-puissance numérique, retrouver des marionnettes animées à l’ancienne procure un plaisir indicible. Passé un temps d’adaptation et deux premiers épisodes poussifs proposant une mise en place laborieuse, la série décolle. Elle est à la fois ambitieuse et fragile, surannée et intemporelle. Surtout, dans ce flux continu qu’est devenu le streaming, elle fait officie de respiration, rappelle la féerie de la lanterne magique, cette magnifique invention qui, au XVIIe siècle, préfigura celle du cinéma. Ce moment où, dans le septième des dix épisodes, un Skeksès et un Mystique proposent dans une formidable mise en abyme un spectacle de marionnettes, est d’une beauté stupéfiante.


Les dernières chroniques (in)culture

Publicité