Opinion

Des JO d’hiver en Suisse romande, est-ce nécessaire?

On voudrait nous faire croire que les Jeux olympiques d’hiver vont dynamiser l’image du Valais, de Sion et de la Suisse romande, écrit le géographe Antoine Bailly. Encore faut-il en décider en connaissance de cause

Qui se souvient des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville de 1992, de Nagano en 1998? Quelques noms restent, comme Lillehammer en 1994. Mais malgré la qualité de ses jeux, le village est-il devenu une station internationale ou une escale de la Coupe du monde de ski?

On voudrait nous faire croire que les Jeux olympiques d’hiver vont dynamiser l’image du Valais, de Sion et de la Suisse romande. Certains villages de Savoie paient encore pour des pistes de luge ou de bobsleigh, sans parler des frais pour les infrastructures ne pouvant être détruites et sous-utilisées. Décidées en petits comités, les candidatures se gèrent entre pouvoirs publics et grandes entreprises, avec quelques avocats et sportifs placés en vitrine…, des «ambassadeurs» souvent bien payés.

Faiblesse des retours économiques

Heureusement, en Suisse, la voie démocratique du référendum existe, les Grisons l’ont montré le 12 février 2017. Et récemment, pour les Jeux d’été de 2024, Hambourg s’est retirée suite à un référendum, Rome et Boston par anticipation d’un mécontentement populaire. Il ne reste plus que Paris et Los Angeles comme candidats pour l’été! Mais là, pas de vote prévu, ni de consultation de la population.

Il a été écrit que la crise économique grecque a commencé par les JO d’été de 2004 et que ceux de Rio 2016 ont représenté un coût économique majeur pour le Brésil. Même Londres a subi des dérapages financiers, passant des 4 milliards de livres prévus à 11 milliards. Le village olympique est resté inoccupé pendant deux ans et le stade pendant quatre ans! Et certains en Valais voudraient créer un village olympique sur les restes du site Tamoil… Une affaire immobilière de plus.

La crise économique grecque a commencé par les JO d’été de 2004 et ceux de Rio 2016 ont été un coup économique majeur pour le Brésil

Les échecs et difficultés suite aux JO de Grenoble ont pourtant été analysés. Turin n’en a pas tiré les enseignements, et les ruines olympiques y sont encore visibles. Heureusement pour le Valais, qui a, par son échec de candidature, évité des surinvestissements. Les Jeux sont utiles pour les multinationales, les constructeurs de stades et de routes, les brasseurs et les médias, moins pour les habitants qui paient leurs impôts locaux. La faiblesse des multiplicateurs économiques pour un événement unique le montre. Sans oublier la baisse du tourisme ordinaire, du fait des tarifs qui augmentent et de la crainte de trouver les infrastructures réservées aux événements. Les JO sont de plus en plus contestés pour leurs coûts élevés et des retombées incertaines.

La parole au peuple

Le débat doit donc se faire en connaissance de cause (non seulement les coûts totaux, mais les lieux des investissements avec calcul des hypothèques, des garanties pour les travaux, la durée des paiements et la gestion du patrimoine construit de façon durable), après des présentations claires à la population et ensuite par le vote.

Pour une région, organiser des JO, c’est s’inscrire dans un Mouvement olympique, dont l’un des buts est de «contribuer à la construction d’un monde meilleur et pacifique en éduquant la jeunesse par le biais d’une pratique sportive». Ainsi, faut-il dire oui au JO de la jeunesse pour contribuer à la formation dans l’esprit de la Charte olympique? Ou non à l’utilisation de l’argent public pour le sport professionnel? Le Valais et la Suisse romande devront voter pour ces Jeux olympiques d’hiver avant toute décision de candidature.

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