Chronique

JO: les Valaisans sont-ils versatiles?

OPINION. Le vote de dimanche dernier en a étonné plus d’un et c’est, après le refus des Grisons l’an dernier, un nouveau camouflet infligé au CIO, estime notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

Les Valaisans seraient-ils versatiles alors qu’on les dit pourtant entêtés et aussi peu changeants que leurs belles montagnes? En 1969, ils approuvèrent le crédit de dix millions proposé par le Grand Conseil leur permettant de se porter candidats pour les JO d’hiver de 1976. Hélas, le Comité international olympique (CIO) choisit Denver! En 1995, c’est à 61% qu’ils plébiscitèrent leur candidature pour les JO d’hiver de 2002. Nouvel échec, les compétitions se déroulèrent à Salt Lake City, dont le choix donna lieu à des présomptions de pots-de-vin et de corruptions diverses dont le CIO eut du mal à se remettre. Pour les JO de 2006, les Valaisans se prononcèrent à 67% en faveur du soutien financier, mais l’annonce du choix de Turin jeta le froid qu’on sait sur la place de la Planta à Sion, où une foule compacte et enthousiaste attendait enfin un verdict favorable.

Que s’est-il donc passé entre ces trois votes largement positifs et le refus de dimanche dernier? Le premier argument invoqué, c’est la frilosité des Suisses en général, et des Valaisans dans ce cas particulier, à ouvrir leur porte-monnaie. Près de leurs sous, incapables de faire la différence entre dépenses et investissements, ils auraient répondu strictement à la question posée en disant non au budget de 100 millions qui leur était proposé. C’est vrai, bien sûr, mais dans ce cas pourquoi étaient-ils prêts à le faire lors des candidatures précédentes, alors que les conditions économiques n’étaient ni pires ni meilleures qu’aujourd’hui! L’argument de l’argent est toujours factice: c’est en réalité le rapport coût-envie qui compte et, dans notre cas, c’est l’envie qui manquait.

Les JO à la peine

D’autres analystes évoquent un manque de confiance envers les promoteurs du projet, Christian Constantin en tête. Oui, évidemment, il s’agit là d’un homme clivant et son coup de pied récent à un journaliste n’a pas aidé à le rendre sympathique. Mais de là à lui faire endosser le refus de dimanche dernier, c’est exagéré, d’autant que beaucoup de Valaisans apprécient son infatigable activisme en faveur du Valais, les plus de 7000 participants à sa choucroute annuelle en témoignent. D’ailleurs, le sondage MIS Trend, réalisé à trois semaines du vote pour le compte des médias valaisans, donnait 50% de confiance au comité de candidature, contre 42% de défiance. Pas brillant, mais majorité positive quand même.

Au contraire, le Comité international olympique concentrait 64% d’opinion négative auprès des sondés valaisans! Inutile d’aller chercher ailleurs les raisons de leur refus, qui intervient, faut-il le rappeler, après le vote négatif du canton des Grisons en février 2017 (60%) et en 2013 (53%). Le désamour est donc patent vis-à-vis du sport tel qu’il est incarné par le CIO, cette instance mondialisée peinant à convaincre qu’elle a vaincu ses vieux démons et qu’elle œuvre vraiment à des pratiques plus éthiques. Le gaspillage, voire les gouffres financiers, qu’ont impliqué trop de JO précédents a inspiré une méfiance que les nouvelles mesures prises par le CIO ne parviennent pas à effacer. En réalité, il ne faut pas s’étonner, dès lors qu’on prêche partout l’écologie, le développement durable et l’exigence de sauver la planète, que le concept même des JO soit à la peine, comme le sont tous les grands investissements financiers exigeant courage et projection courageuse vers l’avenir.

Fierté valaisanne

A cela, il faut évidemment ajouter les trois refus successifs intimés au Valais par un CIO largement pourvu, à l’époque, en villes candidates, ce qui n’est plus le cas. La dernière fois, pour les JO 2006, le choix de Turin a paru inique, laissant une impression de magouilles. Adolf Ogi lui-même a admis: «Nous avons été traités de façon incompréhensible. Le président Samaranch m’avait promis, les yeux dans les yeux, que nous allions gagner.»

Finalement, les Valaisans ne sont pas versatiles, ils sont juste fiers. Trois fois candidats, trois fois repoussés, ils ont rendu la monnaie de sa pièce au CIO!

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