«A quelques semaines du lancement officiel de la campagne présidentielle, c’est à un véritable exercice d’équilibrisme qu’ont dû se livrer les démocrates lors de leur convention d’investiture virtuelle» aux Etats-Unis, dit Libération. Car «comment susciter l’envie avec un vieux mâle blanc au charisme d’un saumon, […] en essayant d’attirer ces républicains modérés que choquent les outrances et l’inconséquence de Donald Trump, tout en s’assurant du soutien des sympathisants très à gauche de Bernie Sanders? […] Pas simple. D’autant que l’enjeu est énorme»…

… Même si le pire reste possible, les démocrates ont une chance de battre Donald Trump en novembre

La chance est peut-être mince, mais il y a «trop de colère, trop de peur, trop de divisions». Joseph Robinette Biden Jr a donc appelé jeudi l’Amérique à un sursaut dans les urnes pour mettre fin à «une période sombre» et faire de Donald Trump le président d’un seul mandat. «A son tour d’être sous les projecteurs», commente Politico: couronnement d’une carrière politique entamée il y a près de 50 ans, l’ancien vice-président de Barack Obama, 77 ans, a formellement accepté l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle du 3 novembre prochain.


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«Sa gestion catastrophique de l’épidémie vaut au président américain d’être devancé dans les sondages», poursuit Libé. «Mais cette perspective de victoire, même fragile, est paralysante pour les démocrates: ils n’ont aucun droit à l’erreur. Le moindre mot mal formulé, la moindre affaire gênante, et c’est la catastrophe. D’où une campagne profil bas, très au centre, bien loin des envolées radicales d’Alexandria Ocasio-Cortez, cette jeune élue démocrate dont la moindre intervention enflamme les réseaux sociaux.»

«Propre et sans bavure»

«Il suffit de voir le clip de campagne de Joe Biden [ci-dessous] pour le comprendre: l’homme tente de se positionner comme proche du peuple et non de l’élite. Et il compte sur sa colistière, Kamala Harris, pour rallier à lui les minorités. Propre et sans bavure. Mais pauvre en termes de débat d’idées. Et surtout terriblement ennuyeux. Gardons-nous donc de nourrir trop d’espoirs: il y a quatre ans à pareille époque, Donald Trump était devancé par Hillary Clinton. On a vu le résultat.»

Pour le site TheHill.com, cité par Courrier international, Biden a «cherché à se présenter comme un leader qui unira le pays», à l’inverse de Donald Trump selon lui: «Je vous donne ma parole. […] Je ferai ressortir ce qu’il y a de meilleur en nous, pas le pire.» L’homme qui a si longtemps servi comme sénateur du Delaware a ciblé le président actuel, affirmant qu’il n’avait «pas réussi à protéger l’Amérique». «Et ça, mes chers compatriotes, c’est impardonnable!» a-t-il conclu.

N’empêche. Berlingske, par exemple, se méfie des apparences et de la bien-pensance consistant à être simplement «contre Trump». Programme minimaliste dont «le but n’est pas de révolutionner tout le système, mais de transformer le climat culturel et politique du pays; un climat dans lequel l’intransigeance et le sectarisme ont trop longtemps résumé le débat social à cette seule question: comment éliminer ses adversaires politiques?»

Il faudra «jongler»

Non, la question est, plutôt, selon le site Eurotopics.net et les éditorialistes qu’il cite: comment Biden parviendra-t-il «à jongler entre sa promesse d’unir le pays et la diversité des revendications démocrates» que perçoit le quotidien danois? Biden a lui-même déclaré «qu’il entendait rassembler et guérir les Etats-Unis. Une ambition louable, qui n’en reste pas moins, pour le moment, une simple déclaration d’intention»…

… S’il veut joindre les actes à la parole, il serait bien inspiré de ne pas se fier à l’aile gauche de son parti, qui préconise un cap radical pour neutraliser Trump

Au risque que le tycoon républicain soit réélu en novembre? La mise en garde de Barack Obama, au cours de cette même convention, «était existentielle», aux yeux de The Atlantic. «Si Biden a un jour déclaré aux électeurs que «l’âme de l’Amérique» était en jeu lors de ce scrutin», l’ex-président «leur a dit que leur système politique lui-même était est en danger»: «Ce gouvernement a montré qu’il était prêt à mettre en pièces notre démocratie pour s’assurer une victoire.»

Une victoire de Biden serait d’ailleurs marquée «du sceau d’Obama», analyse Federico Rampini, le correspondant de La Repubblica aux Etats-Unis. Son soutien est arrivé, «fondamental, indispensable, généreux». Le choix de Kamala Harris comme vice-présidente potentielle est «obamien» à 100%. Et l’ancien locataire de la Maison-Blanche «peut se porter garant des qualités de Biden devant une base démocrate en adoration devant lui quand il prend la parole, […] en raison de l’immense capital politique que le premier président afro-américain de l’histoire des Etats-Unis peut apporter, mais aussi de son pouvoir mobilisateur auprès des minorités et des jeunes.»

Un chroniqueur du New York Times a pour sa part imaginé à quoi pourrait bien ressembler le premier jour de la présidence d’un Biden, le 20 janvier prochain. «La première chose que l’on remarquera, c’est le silence.» S’il l’emporte, «il n’y aura pas de tweets présidentiels scandaleux provoquant les réactions hystériques des chaînes câblées le jour de l’investiture. Donald Trump fulminera peut-être, mais il sera détesté et isolé. Les opportunistes qui composent son gouvernement l’auront abandonné. Les républicains feront semblant de ne jamais avoir entendu son nom», même après que ce dernier aura suivi et commenté en direct sur Twitter le discours de «Sleepy Joe Biden»:

Et puis, «on constatera immédiatement qu’à l’ère Biden, la vie politique reprendra une place normale. On débattra de programmes gouvernementaux, non de savoir pourquoi tel camp est moralement supérieur à l’autre. […] On constatera également qu’en cette époque hautement idéologique, les Etats-Unis seront dirigés par un homme qui n’a rien d’un idéologue.» Mais «son programme mettra dès le premier jour les républicains survivants du Congrès dans une situation très difficile. Est-ce qu’ils coopéreront?»

Un espoir, oui mais…

De toute manière, une chose demeure sûre, selon Libération: «Malgré son manque de charisme», Biden «reste l’unique espoir de battre Donald Trump en novembre». Car «oui, la démocratie est en jeu», selon Le Devoir. S’il y a eu «un fil conducteur à la convention démocrate», c’était «bien l’espoir que les Etats-Unis retrouvent leur élan à l’échelle nationale et internationale en mettant à contribution les citoyens de toutes origines, dans le respect de leur droit à l’égalité et à la dignité. […] Le tandem Biden-Harris est porteur d’un projet politique rassembleur, contrairement au président sortant.» Attention, prévient cependant le quotidien de Montréal:

L’espoir d’unité suscité par la candidature de Joe Biden est précieux, mais si fragile devant l’œuvre de démolition des institutions démocratiques du président Trump


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