D’abord, il y a ce mot qui claque comme un coup de Makarov: «tueur». S’il est prononcé par le journaliste qui l’interroge à propos de Vladimir Poutine, la réponse de Joe Biden est sans équivoque. Oui, à ses yeux, le maître du Kremlin est bien un «tueur».

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Sur la forme, le propos du président des Etats-Unis rappelle étrangement ceux de son prédécesseur. Certes, Donald Trump n’aurait jamais parlé ainsi de son homologue russe. Mais il n’avait, par exemple, pas hésité à qualifier Kim Jong-un de «little rocket man» alors que les anathèmes volaient, à défaut de missiles, entre Pyongyang et Washington.

Le constat formel est donc celui de relations internationales où, même en l’absence de Donald Trump, le fait de montrer les muscles entre dirigeants est devenu la règle plus que l’exception. Est-ce véritablement souhaitable pour un homme qui entend incarner une démocratie sûre d’elle-même et de ses valeurs? Pour un chef d’Etat qui cherche à projeter l’image d’une force tranquille retrouvée? Il est permis d’en douter.

Puis il y a le fond du propos. Sur ce plan, Joe Biden s’inscrit bien sûr en faux par rapport à son prédécesseur. Face à Moscou, il se revendique de la ligne suivie par Barack Obama qui, après une tentative de «reset» esquissée à Genève, avait bien vite constaté d’irrémédiables lignes de fracture.

La Chine, seul rival stratégique

Pourtant, le plus vexant pour le Kremlin ne tient pas tant à l’emploi de tel ou tel qualificatif à l’adresse du président russe, ni à l’opposition frontale que lui promet Joe Biden. L’insulte, la vraie, tient à ce que tout cela dit de la vision que l’on a de la Russie à Washington. Si le locataire de la Maison-Blanche qualifie Vladimir Poutine de «tueur», il se limite à dire de Xi Jinping qu’il n’a «pas une once de démocratie dans son corps». Cette différence dans le registre employé – attaque personnelle contre constat politique – rappelle que les Etats-Unis ne se voient qu’un seul rival stratégique: la Chine.

Barack Obama avait lui-même nié à la Russie ce statut d’interlocuteur d’égal à égal. En 2014, peu après l’annexion de la Crimée, il avait déploré les agissements d’une «puissance régionale qui menace ses voisins immédiats, non par force mais par faiblesse». Reléguer ainsi les Russes à ce statut secondaire constituait bien, aux yeux de beaucoup d’entre eux, l’insulte suprême. Et c’est ce que vient de leur rappeler, à sa manière, Joe Biden.