Au sein de la plus puissante alliance militaire du monde, les Européens ont toutes les raisons de se féliciter de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Constituée en avril 1949 autour des Etats-Unis pour contenir l’URSS et les forces du Pacte de Varsovie, l’OTAN, ou Organisation du traité de l’Atlantique Nord – 30 pays membres, dont la Suisse est un partenaire neutre –, sort en effet assommée des quatre ans de présidence Trump.

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Assommée par la diplomatie de l’armement menée à la hussarde par ce dernier, pour vendre à ses alliés du matériel américain à hauteur de dizaines de milliards de dollars par an. Assommée par l’inertie collective vis-à-vis de la Turquie, cet Etat membre doté de l’une des plus puissantes armées de l’alliance qui multiplie les provocations envers la Grèce voisine, pourtant entrée à ses côtés dans l’OTAN en 1952. Assommée, enfin, par ses processus de décision trop lents et sa règle de l’unanimité, corsets politiques peu compatibles avec les défis posés par la Russie, les nouvelles menaces, comme le terrorisme, et l’irruption de la puissance chinoise sur le Vieux-Continent.

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Voir arriver Joseph Biden, ardent partisan du dialogue transatlantique, a donc de quoi ravir. L’intéressé devrait d’ailleurs venir dès février au siège bruxellois de l’alliance pour un sommet spécial organisé moins d’un mois après son investiture du 20 janvier. Mais gare à applaudir trop vite. Demandé par Emmanuel Macron au sommet de Londres voilà pile un an et rendu public le 3 décembre, le rapport sur les réformes à apporter à cette organisation militaire pour la rendre plus pertinente liste des propositions que Washington peut, à chaque fois, exploiter à son profit: plus d’interventionnisme politique, plus de moyens dévolus pour contrer la Chine, plus de liens avec l’UE, la révision possible du droit de veto alloué à chaque membre.

La seule solution pour éviter de retomber dans le traditionnel piège américain est dès lors pour les Européens qui le souhaitent de se donner de leur côté les moyens d’une plus grande autonomie s’ils ne veulent pas se retrouver ligotés par le Pentagone. L’OTAN version Biden s’annonce rassurante. Mais elle restera, sous ce nouveau président moins tonitruant, ce qu’elle a toujours été: un instrument décisif de la puissance américaine.