D’abord, cela m’a paru lamentable. Envoyer un grabataire, mâle, blanc, avec ses galons dans l’élite politique, pour déloger le mâle rugissant et néanmoins grabataire lui aussi, Trump, de la Maison-Blanche, revenait à rendre les armes. Les codes dominants l’emportaient.

Aujourd’hui, je dois pourtant admettre que Joe Biden est prometteur. Son profil peu détonnant lui ouvre un vaste champ des possibles. Il a réussi – certainement en partie par calcul électoral – à se présenter comme le diamétral opposé de la masculinité toxique et prédatrice de Trump, selon les termes de la politologue Marie-Cécile Naves. Il fait montre d’empathie, de modestie quand il nomme un comité scientifique pour l’épauler face au coronavirus, abandonne l’image du président omnipotent, au centre de l’univers, en cédant le floor à la poétesse Amanda Gorman lors de son investiture.