Revue de presse

Johnny Clegg, l’homme qui faisait un bras d’honneur à l’apartheid

Au péril de sa vie, le Zoulou blanc a mené une vie de musicien qui défie l’imagination. Les médias rendent hommage à son courage, à sa détermination et à son engagement contre la ségrégation raciale

«Johnny Clegg, 1953 – éternité»: «L’inscription, en forme d’épitaphe, s’affiche en surimpression de la photo du musicien sud-africain, regard vert perçant et boucles châtains», sur Daily Maverick, le quotidien en ligne de Johannesburg. Une belle image, repérée par Courrier international, «pour dire le souvenir impérissable que laisse derrière lui ce fervent opposant à l’apartheid, surnommé le Zoulou blanc pour sa musique s’inspirant de rythmes zoulous», disparu ce mardi 16 juillet à l’âge de 66 ans d’un cancer du pancréas.

«Son décès a été annoncé par son manager de longue date, Roddy Quin, qui lui a rendu un hommage appuyé. Son exposition à des travailleurs migrants zoulous à l’adolescence l’a initié à la culture et à la musique, a-t-il rappelé. Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir différentes cultures et en rapprochant ainsi les gens. Il nous a montré ce que cela signifiait d’embrasser d’autres cultures sans perdre son identité […]. Il a surmonté les barrières culturelles comme peu l’ont fait.»


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En Afrique du Sud, Johnny Clegg était «considéré comme un héros national», rappelle Radio France internationale. Lors d’interviews ou de concerts, Richard Nwamba, présentateur radio basé à Johannesburg, a régulièrement croisé son chemin et «se souvient de son courage, alors qu’il bravait les lois de l’apartheid»: «A 17 ans, il a formé son groupe, Juluka. C’était comme défier directement le gouvernement de l’apartheid. Les Blancs vivaient d’un côté, et les Noirs de l’autre. Alors eux qui jouaient ensemble, c’était comme s’ils faisaient un bras d’honneur! A cette époque, il faut se souvenir que tout pouvait arriver, il aurait pu être tué.»

«C’était un des premiers Blancs à vouloir jouer ce qui était considéré comme une musique «inférieure», de la musique noire. Mais il a rendu les langues noires respectables. Tout comme les danses, et la culture!» poursuit-il. En 1987, il compose la fameuse Asimbonanga, chanson en soutien à Nelson Mandela, dont il parlait avec une immense admiration dans une interview donnée à L’Obs juste après sa mort. Se souvenant de cette extraordinaire apparition de Madiba sur la scène d’un de ses concerts, donné à Francfort-sur-le-Main, en 1999:

Richard Nwamba se souvient comment cette chanson, «censurée en Afrique du Sud», «est devenue une arme pour combattre le régime»: «A travers la musique, il a rendu les gens conscients. Asimbonanga, en zoulou, veut dire «nous ne l’avons pas vu». Non seulement on a mis ce vieil homme en prison, mais en plus on a interdit la publication de photos de lui! Cela montrait combien le gouvernement était répressif.»

La radio américaine NPR salue pour sa part une «voix unificatrice contre l’apartheid», notant qu’il avait cofondé «deux groupes révolutionnaires mixtes» durant cette époque. Et, elle aussi, qu’Asimbonanga (1987) «était devenue un hymne pour les combattants de la liberté dans le pays». Aujourd’hui, on peine à retenir ses larmes en la réécoutant, et certainement que beaucoup de mélomanes l’auront en ver d’oreille jusqu’à ce soir:

Partout, dans le monde entier, les hommages pleuvent en souvenir de l’artiste au destin si exceptionnel. Un blogueur de Mediapart rappelle au passage ses mots de Scatterlings of Africa: «Le soleil de cuivre se couche/Dispersés et fugitifs/Aux paupières tombantes et aux fronts las/Cherchent un refuge dans la nuit/Ils sont les dispersés de l’Afrique/Tous déracinés/Sur la route de Phelamanga/Là où le monde a commencé/J’aime les dispersés de l’Afrique/Chacun d’entre eux/Dans leurs cœurs brûle un ardent désir/Sous le soleil de cuivre […]»

A Paris Match, Johnny Clegg confiait tout récemment: «J’ai été très fort ces trois dernières années. A l’exception d’un moment vraiment difficile lors d’un scanner. Ce jour-là, j’ai perdu pied, j’ai souffert d’instabilité mentale. Mais, pendant cette minute horrible, j’ai compris que si je ne me battais pas, le combat serait perdu. Alors, j’ai tenu bon. Ma vie m’a appris l’endurance, les Zoulous ne baissent pas les bras. J’ai expérimenté la patience.»

Alors qu’il avait longtemps «refusé tout projet de documentaire sur sa vie, Johnny Clegg a accepté de se laisser filmer par Amine Mestari, chez lui à Johannesburg, pour la chaîne Arte. «Agé de 65 ans et se sachant condamné à brève échéance», il y revenait «sur son enfance, sa jeunesse et sa carrière. Particulièrement émouvant, ce portrait entremêle confessions intimes d’un homme affaibli mais au regard toujours pétillant.» Avec des «témoignages de ses compagnons de route, à l’instar de Sipho Mchunu, avec lequel il fonda son premier groupe», mais aussi «des images de la vie quotidienne sous l’apartheid et extraits de concerts d’un artiste engagé, dont on sait moins qu’il est aussi anthropologue et grand spécialiste… des Zoulous». Of course.


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