Revue de presse

Johnny Hallyday a chanté à Paris, malgré la haine

Polémique autour de la présence de la star pop place de la République, à Paris, ce dimanche. Ce chanteur que les gens de «Charlie Hebdo» détestaient

Au moment où David Bowie s’envole, Johnny Hallyday serait aussi dans l’actu? Cela va paraître bien dérisoire, mais surfant sur le premier anniversaire des attentats contre Charlie Hebdo qui ont été solennellement commémorés ce week-end à Paris, la gloire du rock français a en effet expliqué samedi à la radio RTL qu’il aborderait des sujets comme les attentats djihadistes qui ont fait 17 morts en janvier 2015 dans son nouvel album studio – le cinquantième de sa carrière – qui sortira le mois prochain sous litre De l’Amour.

«Il y a une chanson sur le 11 janvier» (jour de la grande manifestation de soutien, place de la République), a précisé Johnny, en rappelant qu’il était «très ami avec Wolinski», l’un des caricaturistes vedettes de Charlie Hebdo, tué dans l’attaque qui a décimé la rédaction de l’hebdomadaire satirique: «Ça m’a fait beaucoup de peine cette histoire. C’était juste de rendre hommage à tous ces gens formidables», dit-il.

«Jusqu’où iront-ils dans l’ignominie?»

D’où sa présence, ce dimanche lors des commémorations, qui «a fait grincer certaines dents», selon Le Monde. Johnny a donc chanté, très gravement, «seul avec un guitariste, […] une chanson aux paroles signées Jeanne Cherhal, qui salue notamment la «marche républicaine». Voilà ce qui a fait «sursauter Siné, […] dans un billet publié cette semaine sur le site de Siné Mensuel, intitulé «Jusqu’où iront-ils dans l’ignominie?»

Charb, y apprend-on, «détestait Johnny Hallyday et c’est précisément à lui que nos «autorités» ont fait appel pour pousser la chansonnette en son honneur: quand il y a une connerie à faire, on peut compter sur nos responsables, ils ne la ratent jamais!» écrit le dessinateur, qui enfonce le clou dans une interview à France Télévisions: «A Charlie, on avait les mêmes idées à peu près sur tout, y compris sur la chanson française. On trouvait que Johnny Hallyday chantait comme une seringue, et en plus, qu’il était carrément réac’. Johnny Hallyday a été gaulliste, ou je-ne-sais-quoi, et toujours avec les gens de droite, dont Sarko. Il n’a rien en commun avec l’esprit de Charlie

Le Canard enchaîné s’est également étonné de ce choix, que la mairie de Paris, organisatrice des commémorations, justifie «par le fait que le rockeur, par ailleurs populaire, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, est le chanteur vivant qui incarne la France». Or, jamais Cabu ne ratait une occasion de se payer sa tête: «Cinquante ans qu’il nous vérole les tympans!» Et Le Monde de proposer un florilège de ces unes de Charlie épinglant le monument national, comme celle-ci:

«Johnny Hallyday, c’est bien le mec qui a changé de pays pour pas payer les salaires des gens qui ont porté secours pendant les attentats?»: le site Terrafemina a notamment repéré des tweets évoquant ces Charlie qui «pleurent de rire là-haut» en le voyant place de la République, en référence à sa demande de nationalité belge qui avait fait polémique en 2007 et à l’achat de son chalet à Gstaad pour des raisons fiscales.

Dans La Croix, on lit que «sur une petite scène», Johnny a bien entonné «Un Dimanche de janvier», «la fameuse chanson évoquant la grande marche du 11 janvier 2015». Mais «il n’est vraiment pas représentatif de ce qu’était Charlie», souligne Isabelle. Vraiment? «Cette petite polémique est inutile, lui répond un jeune homme, debout à côté d’elle. On est là pour se recueillir, c’est tout.» Et pendant ce temps, Johnny chante les «millions de regards», les «larmes à peine essuyées» et «nos héros d’encre et de papier», lit-on sur le site de BFMTV.

«Caca Sarko»

D’ailleurs, un internaute du Soir, via Facebook, se dit «très déçu par la réaction de Siné. Non pas parce qu’il n’aime pas Johnny, mais par son argumentation. En fait, on est en train de construire un missel ou un Coran de plus si j’ai bien compris. Pour être «Charlie», il ne faut pas être de droite, (caca Sarko) et être aimé des dessinateurs qui prônent la liberté d’expression et de pensée. Alors si c’est pour nous dicter ce que doit être le parfait «Charlie» je pense que vous allez rejoindre ces religieux que vous dénoncez à travers vos dessins.»

Cela correspond très exactement à ce que disait Jean Romain ce dimanche soir dans le Forum radiophonique de RTS Info, qui comparait les discours de droite et de gauche. Et cela se confirme dans cette opinion exprimée sur le site du Monde: «Ecouter ce crétin aujourd’hui (et l’Armée en sus!) – hors de question. C’est pour ça qu’il n’y a personne place de la République. Les Parisiens ne sont pas des idiots. C’est indigne de faire la promo du disque de ce pithécanthrope symbole quasi mort de la beaufitude.»

Violent.

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