éditorial

Johnny Hallyday, la fin d’un culte, le début d’une religion

La disparition de Johnny Hallyday laisse des millions de fans tétanisés. Ses fidèles vont le pleurer, avant de le prier

Comme Elvis, il était un prénom. Pour ses fans, comme pour ceux qui n’ont jamais goûté à son improbable fusion de rock’n’blues américain et de variété française, il était Johnny, tout simplement. Hallyday avait découvert Presley à 14 ans. Dans un cinéma qui projetait le film Loving You. Impressionné par celui qu’on surnommait le «King», il lui empruntera sa gestuelle.

Comme Elvis, Johnny a déchaîné les passions. A l’instar du natif de Tupelo, il s’est au fil des années constitué une base de fans à l’admiration béate, tout en renouvelant continuellement son public, là où d’autres ne sont restés les stars que d’une génération.

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Pour ses fans, Johnny était à la fois un pote, un fantasme, un frère, un père. Une icône, une figure à la fois proche et intouchable. Les journalistes qui ont un jour ou l’autre émis un doute quelconque quant à la qualité de tel album ou relevé le côté pathétique de tel concert – car un chanteur ne peut pas être bon tous les soirs – l’ont compris en lisant les réactions outrées publiées dans le courrier des lecteurs: on ne critique pas Johnny.

Il y a chez le fan de Johnny une dévotion quasi aveugle qui, à la fois, force le respect et effraie. En 1996, lorsque le rockeur se produit dans un casino de Las Vegas, plusieurs charters sont affrétés depuis la France. Certains fidèles s’endettent pour se payer le voyage. Car le fan de Johnny n’est pas un fan comme les autres. Il a souvent la collectionnite aiguë, il achète tout, d’où un merchandising parfois délirant. Le fan de Johnny ne fait pas qu’écouter Johnny, il vit Johnny. Il manque d’objectivité face à son idole, à qui il pardonne tout, les disques les plus insipides comme les tournées les plus grand-guignolesques ou les comportements les plus erratiques.

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Peut-on parler de culte? Assurément. Johnny a été et restera le seul artiste français à avoir à ce point déchaîné les passions. Tandis que le peuple l’écoute, les intellectuels l’analysent. Johnny était un prénom, il fut aussi une expression: «Ah, que». Sa marionnette des Guignols de l’info contribua dans les années 1990 à construire une figure quasi mythique.

Mais voilà, Johnny n’était pas immortel. Alors quoi, maintenant? La «johnnymania» pourrait bien devenir une nouvelle religion; l’icône sacrifiée, elle, va devenir un dieu, une entité supérieure.

L’image prête peut-être à sourire, certes, mais derrière l’hyperbole se cache une vérité. Alors qu’après leur mort, Michael Jackson ou David Bowie ont été découverts par une nouvelle génération soudainement consciente de ce qu’ils ont apporté à l’histoire de la musique, Johnny ne devrait guère gagner de nouveaux fidèles. Mais ses fans le prieront jusqu’à leur mort.

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