Revue de presse

Johnny Hallyday piégé par Instagram

C’est la géolocalisation du réseau social qui a permis à la justice française de déterminer que le chanteur avait bien sa résidence principale en France. Ce qui lui permet de s’emparer de la question de son héritage. Et remplit les pages des journaux

Attention, cœurs sensibles, l’histoire est dure. Et le feuilleton est loin, très loin d’être terminé. «Le tribunal de Nanterre a déterminé que Johnny était bien résident français et qu’il pouvait donc trancher la question de son héritage, résume Le Point. Laeticia Hallyday va faire appel de cette décision.» «Une victoire importante pour les aînés Hallyday qui réclament leur part d’héritage depuis plus d’un an», selon Marianne. Ce qu’analyse très simplement Paris Match: «Le tribunal français donne raison à Laura et David.»

Faut-il le rappeler? Une bataille judiciaire oppose les enfants aînés du chanteur, Laura Smet et David Hallyday, à Laeticia, la dernière épouse de leur père, et les enfants du couple, encore mineurs, à qui, dans un testament américain rédigé en 2014, Johnny Hallyday lègue tous ses biens. Alors que la loi française interdit de déshériter ses enfants. Les juges de Créteil devaient donc décider si Johnny était résident français ou américain, pour savoir quelle juridiction s’appliquait. Et ils ont tranché, c’est la française. Si elle s’applique telle que prévu, elle prévoit 25% pour la veuve Laeticia Hallyday et 75% à partager entre les quatre enfants du rockeur, rappelle Le Point.

Se méfier d’Instagram!

Elle a tranché «avec Instagram», note Corinne Audoin de France Inter, très complète sur le sujet. Certes, du côté de Laeticia, on a pointé la «fascination ancienne du chanteur pour l’Amérique, et son installation définitive à Los Angeles en 2007, où les filles du couple étaient scolarisées». Johnny avait obtenu une Green Card en 2014, il avait une carte de sécurité sociale américaine et aurait projeté de devenir Américain […] «Mais en face, les conseils de David Hallyday ont trouvé une arme imparable: les comptes Instagram de Johnny et Laeticia Hallyday. Car relater ses moindres faits et gestes sur un réseau social peut, un jour, se retourner contre vous. David Hallyday a ainsi produit un «tableau de géolocalisation Instagram des époux Smet de 2012 à 2017». Il en ressort que le couple a passé 151 jours en France en 2015, 168 jours en 2016, et les huit derniers mois de 2017». Diable.

Le Monde détaille aussi: «Plusieurs de ces messages se sont en effet retournés contre l’épouse de Johnny, notamment les réactions qu’elle a publiées au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan ou de Nice («Liberté, égalité, fraternité, #Nous sommes la France») ou de la victoire de la France à la Coupe du monde de football en 2018; de même, les nombreuses photos postées lors des séjours en France, évoquant des «dîners entre amis», des «dimanches en famille», des «fêtes d’anniversaire en présence de Brigitte et Emmanuel Macron» ou rendant hommage à «la grâce de ma ville, Paris», qui attestaient, selon David et Laura Smet, de l’attachement viscéral de leur père à la France.»

Des «fondamentaux de la personnalité et des goûts du chanteur» qui l’ont poussé «à maintenir avec la France un lien étroit et stable» écrivent les juges, avant d’en tirer cette conclusion: «Il a conservé jusqu’au bout un mode de vie tout à la fois itinérant et bohème, mais surtout très français, qui l’amenait de fait à vivre de façon durable et régulière, et donc habituelle, en France» cite France-Info, parmi d’autres.

Et c’est là que refait surface le chalet de Gstaad. «Si Laeticia Hallyday a fait valoir lors de l’audience fin mars qu’elle et son défunt mari avaient élu résidence à Los Angeles depuis 2007, le tribunal a relevé qu’à la même date «Johnny Hallyday se disait résident suisse», relève l’Agence France-Presse, reprise par Paris Match. Dans un testament daté du 9 mai 2007, «il se domiciliait à Gstaad» et entendait que sa succession «soit liquidée entièrement et exclusivement selon le droit suisse». Dans un autre document, un contrat de mariage signé en 2011, Johnny et Laeticia Hallyday indiquaient également être domiciliés à Gstaad, depuis novembre 2006. Or «il n’est pas possible de se dire résident suisse et de vivre dans un autre pays, autrement qu’en infraction de la législation», précise le tribunal. On se souvient de la bronca qu’avait suscitée l’installation au forfait du chanteur dans le canton bernois, qu’il a d’ailleurs fini par officiellement quitter en 2012 pour revendre son chalet en 2015.

Tourisme fiscal

Le Parisien, de son côté, a noté «une petite phrase qui fait mal», dénichée au détour des 21 pages du jugement du tribunal de Nanterre: «Le souhait de ne plus avoir comme interlocuteur le fisc français pourrait expliquer certains choix du chanteur.» En d’autres termes, Johnny Hallyday aurait pratiqué l’évasion fiscale en s’installant d’abord en Suisse puis aux Etats-Unis. Le fisc est donc «en embuscade», continue le quotidien: «Selon les auteurs du livre Laeticia, la vraie histoire, Laurence Pieau et François Vignolle, le fisc réclamerait aujourd’hui 11 millions d’euros au clan Hallyday. Et l’Etat français ne devrait pas en rester là. Selon nos informations, l’Elysée a avancé le montant des obsèques lors de l’hommage populaire rendu à la star le 9 décembre 2017 à la Madeleine et aimerait être remboursé par la famille Smet. Notamment de cette facture pour dix gerbes de fleurs blanches installées dans l’église, évoquées dans le livre de Benjamin Locoge La ballade de Johnny et Laeticia, qui s’élèverait à près de 25 000 euros.» Que de mesquineries, tudieu!

Ceux qui s’intéressent au poids financier de toute l’affaire doivent lire Le Figaro, imbattable sur l’argent bloqué par la France – «Plus de 24 millions d’euros, entre la villa de Marnes-la-Coquette, celle de Saint-Barthélemy baptisée Jade, les droits musicaux et les royalties. Et ces biens et liquidités ne sont qu’une partie de la fortune que se disputent Laeticia, Laura Smet et David Hallyday.» Une procédure court parallèlement en Californie, rappelle le journal, et un tribunal doit dire le 26 juin s’il accepte la demande en urgence du transfert des actifs de Johnny aux Etats-Unis, faite par Laeticia. «Tout le monde a rendez-vous à 10h au 111 North Hill Street, siège de la cour supérieure de l’Etat de Californie, à Los Angeles.» L’affaire pourrait encore durer dix ans.

Un héritage de la Révolution

Le feuilleton est donc loin d’être terminé. A noter qu’il permet à Johnny Hallyday de gagner les prestigieuses colonnes Op-Ed du New York Times, sous la forme d’une question – devrait-on pouvoir déshériter ses enfants? «C’est la question derrière toute cette affaire, estime Pamela Druckerman. L’idée de diviser un héritage entre tous les enfants est issue de la Révolution française, les réformateurs voulaient affaiblir l’aristocratie en s’assurant qu’aucun héritier ne pourrait devenir trop riche. Les Français sont choqués de découvrir qu’aux Etats-Unis on peut priver un enfant d’héritage […] Des notaires en France ont noté un afflux de clients se renseignant sur la façon de déshériter un enfant, ou demandant s’ils pouvaient eux-mêmes être privés d’héritage. Dans un débat organisé par des notaires, une personne notait que laisser trop d’argent à un enfant pouvait lui ôter toute ambition et que partager équitablement empêchait toute jalousie […] Une autre se demandait pourquoi on devait laisser son argent à un enfant qui ne l’aime pas, voire qui lui aurait causé tous les malheurs du monde…» Johnny, miroir de notre temps.

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