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Au palais de Sports, en 1971.
© Cardenas/AP/Keystone

La vie à 30 ans

Johnny, idole des jeunes: c’est encore vrai

Notre chroniqueuse raconte sa vie avec le chanteur disparu. Qui dit toute la permanence de l’artiste, de l’enfant qu’elle fut à une soirée il y a deux ans au Paléo

Quand j’étais enfant, il était déjà là. Ce n’était pas seulement un chanteur, mais une institution hurlante, un bibelot envahissant venu des années soixante. Chez moi, on écoutait plutôt Le Forestier ou Moustaki, lui ne me concernait pas. Mais quand on a une carrière aussi forte et une présence pareille, ça vous rattrape, vous saisissant presque à revers, un matin où soudain Johnny Hallyday vous transperce.

C’est arrivé quand j’ai eu 14 ans. J’ai entendu des mots de lui: «Je viens vous demander/Pardon pour tous les hommes/Qui n’ont jamais appris/Le verbe aimer.» Je suis allée acheter le disque, je ne sais même pas pourquoi, mais cette chanson m’avait complètement déchirée. Cette voix. Il savait de quoi il parlait, et quand je l’écoute, aujourd’hui encore, elle me fait de l’effet. Elle réveille en moi ce truc que les commentaires agaçants répètent sans arrêt depuis des jours: on a tous en nous quelque chose de Johnny. Même moi.

«Ah que coucou»…

Après, il y a eu cette longue période où je l’ai classé parmi les représentants de la beaufitude consternante, ce type. On se construit contre les statues anciennes, durant sa jeunesse. Son côté viveur fatigué, vieille gueule de droite, Chirac, Sarko, Line Renaud, ces tubes souvent un peu tarte, et surtout sa marionnette aux Guignols de l’info, sur Canal+. Johnny «Ah que coucou», ça me faisait ricaner, presque du mépris, à tout le moins de la condescendance. Mais il m’a reprise, de nouveau, à revers encore, sans prévenir.

C’était l’été 2015, Paléo, j’y étais pour d’autres que lui, avec des copains, on riait, on buvait un peu, c’était drôle. Je ne savais même pas qu’il chantait, cette nuit-là. Et puis, il est monté sur la grande scène, comme un loup, à la fois fort et dangereux, mais avec une façon de se rendre si vulnérable, généreux et puissant, de faire en sorte que ses mots résonnent en vous par effraction: c’est ça, la chanson populaire. C’est un cliché complet, je sais, je m’en fiche: il a mis le feu. Et je dansais dans l’incendie, devant la scène, au milieu de la nuit.

C’est l’heure des louanges, maintenant. J’aurais bien voulu vous faire la trentenaire effrontée, l’insolente, l’irrespectueuse, celle qui dirait qu’il s’agit de ne pas exagérer, avec Johnny Hallyday. Que c’était juste un chanteur passable et parmi d’autres, hé, oh! Mais ce n’est pas ce que je ressens. J’ai entendu l’un de ses premiers tubes: «L’idole des jeunes». J’ai éclaté de rire, parce que c’était encore vrai.


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Freysinger, Lyon, Garnier, le temps de l’hallali

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