EXERGUE

Johnny, petits meurtres entre amis

Depuis 48 heures, le Web s’affole! Johnny Hallyday sort son autobiographie, écrite par Amanda Sthers, l’ancienne compagne de Patrick Bruel. Il dégomme ses anciens amis et encense Laeticia.

«Le jour est proche où nous n’aurons plus que «l’impôt» sur les os», Michel Audiard.

«Ernest est gai comme une porte de prison. On se serre la main. Pas un mot. Il commande une sole sèche. Sans beurre. Sans légumes. Rien. Je suis tellement flippé que je commande pareil. Au milieu de la sole, il me dit: «C’est pas mauvais.»

«Mon plus vieux copain, c’est Marcel. On s’est rencontrés quand j’avais 14 ans et demi et lui 15. Un jour, on s’est battus comme des fous parce que je lui avais piqué des vinyles à une surprise-partie.»

«De toute façon, Raoul a toujours été jaloux de moi, toujours voulu faire la même chose que moi.»

«Je m’assieds à côté d’Amandine et, au milieu du repas, je sens sa main qui monte sur ma cuisse. J’ai hésité, puis je suis sorti et je me suis barré en courant. J’étais presque puceau, à l’époque. Je ne me voyais pas dans son lit. Pour moi c’était une vieille dame.»

«Basile est un vieux con.»

Cher lecteur, toutes les citations ci-dessus sont exactes, sauf les prénoms. L’homme de la sole, c’est Godard; le Marcel de la surprise-party, Eddy Mitchell; l’envieux, Michel Sardou; la main baladeuse, Edith Piaf et le Basile, Henri Salvador.

Du coup, ces anecdotes plutôt plates deviennent savoureuses. C’est l’effet «name-dropping», avec les petits scandales qui font rire – et déjà quelques plaintes des lésés. Car celui qui les formule – mais vous devez le savoir puisque le Web en est saturé – c’est Johnny Hallyday. Le chanteur revenu de tout a sorti hier son autobiographie écrite par Amanda Sthers. Il suffit de signer la banalité pour qu’elle devienne excitante. C’est à cela qu’on reconnaît la star. Johnny est une star. Et son livre, tiré à 90 000 exemplaires, est déjà en tête des ventes.

Je n’ai pas lu Dans mes yeux, et je ne le lirai pas puisque les extraits les plus croustillants font le buzz sur le Web depuis 48 heures, y compris le passage du coma du chanteur raconté par Laeticia, la bonne copine d’Amanda Sthers et la seule à être encensée. Lancés par L’Express qui en avait l’exclusivité, ces morceaux choisis ont été repris par tous les sites et agences de presse, y compris l’ATS. Car il y a une raison objective: Hallyday parle de son établissement à Gstaad pour des motifs fiscaux mais pas seulement. Comme Polnareff qui trouve grâce à ses yeux et son ami Gérard Depardieu «un fou, le seul type plus épuisant que moi», Johnny Hallyday s’en prend à cette France qui n’aime pas les riches. Ainsi justifie-t-il son mépris de «la gauche qui pousse à la médiocrité» et «à l’assistanat». Jojo le semeur et Gégé la cervoise sont désormais les hérauts d’une nation qui ne veut pas se faire tondre, les héros d’une France jalouse de sa liberté de penser, comme le chantait un autre harcelé fiscal, Florent Pagny.

Mais Johnny n’aime pas non plus ceux qui ont de l’argent facile. Même son fils en prend pour son grade. «Il a du talent. Mais le problème de David, c’est ceux qu’il n’a pas eus […]. Il faut en avoir bavé. Alors, David ne sait pas quoi faire de son talent.» Mais en cette période de débat autour de la filiation, Johnny sait-il que les fisc à papa ne naissent pas tout seuls?

Jojo le semeur

et Gégé la cervoise sont les héros d’une France jalouse de sa liberté de penser

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