Amours, délices et orgues (5/7)

Le jour où j’ai raté mon virage sexuel

Suzanne a brûlé l’espace d’un été. Mais elle a éteint le feu et en conserve des regrets

Chaque jeudi de l'été, notre chroniqueuse raconte la fugacité des histoires de cœur en été. 

Episodes précédents:

«Je sais, je n’avais que 15 ans, mais j’ai la certitude que, ce soir-là, j’ai fait un choix qui a déterminé ma vie sexuelle. J’ai opté pour la morne sagesse contre la folle liberté. D’ailleurs, à 55 ans, je suis bien placée pour le confirmer!» Il faut lire ces propos avec un soupçon d’humour, car la jolie brunette qui parle ainsi n’a pas signé pour les ordres après cet épisode. Elle rit. «C’est clair, mais en même temps j’ai toujours eu l’impression que, si j’avais osé me mêler à la liesse générale, j’aurais fait de ma vie une fête.»

On rembobine. La scène se déroule à Carqueiranne, une commune française qui diffuse ses charmes balnéaires entre Toulon et Hyères. En 1979, Gainsbourg chante depuis dix ans «Je t’aime moi non plus» et les jeunes ont des audaces que leurs parents ne soupçonnent pas. Voilà pourquoi Suzanne, 15 ans, a la permission de se balader avec ses copines, de jour comme de nuit. «Ce fut l’été de la découverte. De la montée du désir. J’ai rencontré Thierry, un garçon très gentil. Il avait 35 ans, mais on lui en donnait au maximum 20. Un matin, il est venu me chercher en 2 CV et on a roulé toute la journée. Entre les pins, les rochers, le ciel bleu et la mer, je planais.»

La plage, le feu, la fièvre

«Le soir, j’ai pensé qu’on allait rester tous les deux sur la plage autour d’un feu. En fait, on a rejoint un endroit où plusieurs couples flirtaient et couchaient. C’était doux, sans excès, mais ça m’a bloquée et j’ai demandé à Thierry de me ramener.» D’un côté, Suzanne est fière d’avoir su dire non. D’un autre, elle regrette de ne pas s’être lancée. «Aujourd’hui, tout le monde se dit: heureusement qu’une gamine de 15 ans n’a pas couché avec un type de 35 ans. C’est vrai, mais je pense aussi que, dans la vie, il y a ceux qui approchent les flammes au risque de se brûler et il y a les timides, comme moi, qui restent planqués et ont toujours un peu froid. J’aurais aimé avoir l’audace du feu.»

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