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Le jour où la musique s’évaporera

Une semaine après la décision d’Apple de fermer iTunes, une enquête du «New York Times» révèle comment Universal Music a perdu des centaines de milliers d’enregistrements originaux

Il y a moins de deux semaines, Apple annonçait la mort d’iTunes. Le streaming ayant désormais supplanté le téléchargement, l’application permettant d’acheter et de stocker de la musique est devenue obsolète. Et dire que la révolution mp3 date d’il y a vingt ans à peine… Transition numérique, disruption, dématérialisation: à l’heure du 4.0, tout va vite. Trop vite.

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Etant irrémédiablement attiré par les supports physiques, j’ai toujours préféré acheter des CD plutôt que des albums numériques. Je n’ai de même jamais lu d’e-book, et même si j’ai depuis peu un compte Netflix, je continue à m’offrir des DVD. Le développement fulgurant de Spotify m’a par contre depuis longtemps poussé à consommer la musique en streaming. Face à la plateforme suédoise, j’ai soudain eu l’impression d’être Ali Baba. Voilà que (presque) tous les disques mythiques dont j’avais entendu parler m’étaient accessibles, m’offrant la possibilité de parfaire mes connaissances aussi bien en rock qu’en jazz ou en hip-hop.

Chronique «La vie à 25 ans»:  Avec la mort d’iTunes, la fin d’une ère

Depuis, je réécoute des albums jadis aimés mais oubliés car empilés je ne sais où, et je découvre de nouveaux artistes au gré de playlists diverses et variées. Mais plane cette menace: si Spotify venait à disparaître, je perdrais instantanément l’accès à des morceaux dont je ne possède aucune copie physique ou numérique. Adieu Ali Baba, bonjour les 40 voleurs dépouillés de tout ce dont ils croyaient être les propriétaires.

500 000 titres partis en fumée

Cette semaine, une enquête du New York Times a apporté un éclairage nouveau sur la dimension périssable de la musique. Son titre: The Day the Music Burned. Elle raconte la véritable histoire de l’incendie qui, il y a onze ans, ravagea à Los Angeles une partie des studios Universal. Le feu s’était notamment attaqué aux décors de Retour vers le futur. Juste à côté, un entrepôt avait été détruit. On sait désormais ce qui s’y trouvait: des enregistrements originaux appartement au puissant Universal Music Group. Quelque 500 000 titres – certains signés Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Buddy Holly, R.E.M., Nirvana ou encore 2Pac – se sont volatilisés. Sans ces fichiers originaux, impossible d’en proposer des versions remasterisées ou de presser des vinyles de qualité.

A l’arrivée du cinéma parlant, on a pris conscience de l’importance de conserver le patrimoine cinématographique, de protéger les pellicules argentiques. Mais si la plupart des pays possèdent leur cinémathèque nationale, quid des musicothèques? Voir Apple se lancer à son tour sur le marché du streaming paraît bien futile si rien n’est entrepris non pour diffuser le patrimoine musical, mais pour le sauvegarder.


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