Du bout du lac

Le jour où les persifleurs ont eu tort, à cause de Trump et de l’Iran

OPINION. Ce 8 mai 2018, Donald Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien, signé à Genève. Une vraie claque pour les ennemis de la ville internationale, selon notre chroniqueur

Il était de bon ton de moquer la Genève internationale. De renvoyer les bâtisseurs à leurs utopies, et de brocarder dans le même geste toute velléité d’organisation collective du monde. C’était hier encore: dans le sillage des victoires populistes en série, la revanche des réactionnaires. Bruyante, épaisse.

Nouveaux médias «décomplexés», pourfendeurs de «pensée unique», sulfateurs de «bisounours»: se sentant pousser des ailes, les chantres du retour de manivelle s’en donnaient à cœur joie sur tous les supports. Les Nations unies? Un délire de technocrates libéraux. Le droit international? Une perte de temps, voire un outrage aux souverainetés populaires. La gouvernance mondiale? Une fumisterie, ou pire: un vaste cocktail mondain.

«Rasez le Palais des Nations!»

Enfin la révolution conservatrice, scandaient les thuriféraires du nouvel ordre ancien. Rasez le Palais des Nations, qu’on voie l’Autriche! Ouste, les doux rêveurs. Fini le cauchemar Obama et les ronds de jambe de son élégant secrétaire d’Etat au bord du lac. Pour les remplacer aux commandes, des hommes, des vrais. De ceux qu’on ne prendrait pas la main dans la boîte de chocolats Auer, entre deux rounds de palabres.

Et puis vint le 8 mai 2018. Et le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, annoncé par Donald Trump en mondovision. Incendiaire et nihiliste, sur le mode «mieux vaut la fin du monde que le retour de l’Iran dans le concert des nations». Quelques minutes absurdes auront suffi au président orange pour détruire un édifice patiemment construit par tous, et pour le bien de tous.

Au fronton de leur discrédit

Ce jour-là, c’était mardi soir, les apôtres du réalisme à la grand-papa ont avalé de travers. La marche du monde venait de leur donner tort. Indiscutablement tort. Ils avaient méprisé la diplomatie, houspillé la concorde, les sommets, Genève, Lausanne, Vienne. Et voilà que la diplomatie, la concorde, Genève, Lausanne et Vienne, même à terre et foulés aux pieds, restent ce qui se tient entre eux et le chaos.

Ils ne s’excuseront pas. Pas plus qu’ils ne feront amende honorable. Au XXIe siècle, on ne s’excuse plus, on persiste. Ne reculant devant aucune contradiction, ils continueront donc à chanter l’horizon indépassable de la nation tout en appelant… au sursaut européen face aux errances américaines. Mais peu importe: le 8 mai 2018 restera inscrit au fronton de leur discrédit.


Chronique précédente

Une révolte, quelque part entre mai 67 et mai 69

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