Incidences
OPINION. Il faut garder à l’esprit les circonstances dans lesquelles les décisions ont été prises au lendemain de ces attentats d’une violence inouïe, écrit notre chroniqueur François Nordmann
Les attaques terroristes sur les Etats-Unis en 2001 ont inauguré un siècle de tourments. Retrouvez tous nos articles et vidéos à l'occasion des 20 ans du 11-Septembre.
Il y a vingt ans, les attentats de New York et Washington ont été accueillis avec crainte et stupeur. Le jour même, le Conseil fédéral se disait choqué et consterné par «la tragédie humaine inconcevable» qui s’était produite aux Etats-Unis. Il prenait connaissance «de la dimension absolument nouvelle et jusqu’ici encore inconnue du terrorisme international». Il condamnait «avec la plus grande véhémence ces attaques, qui ont mis en lumière de la façon la plus brutale qui soit la vulnérabilité d’une société hautement développée et de ses dispositifs de sécurité». Et de présenter ses condoléances aux victimes ainsi qu’au peuple et au gouvernement américains.
Ce texte, inhabituellement long et comportant des jugements de valeur peu fréquents dans un communiqué officiel, traduisait l’émotion ressentie dans tout le pays et dans le monde entier: «Nous sommes entrés dans le XXIe siècle par des portes de feu», déclarait peu après M. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies. On s’interrogeait sur la nature et la signification de ces opérations terroristes: allaient-elles se multiplier dans les pays développés? Quelle parade pouvait-on leur opposer? Il fallut d’abord décrypter le message, notamment dans les écrits de Ben Laden et autres théoriciens du djihad.
Crainte d’une réaction disproportionnée
En même temps, l’attention se portait sur la forme que prendrait la réaction de la superpuissance attaquée. Quelques jours plus tard s’ouvrait à Genève la session annuelle de l’Institut d’études stratégiques de Londres, qui avait modifié son ordre du jour pour analyser les causes et les conséquences des crimes du 11 septembre. Les milieux informés espéraient que l’Amérique meurtrie ne se livrerait pas à une action disproportionnée et par là contre-productive pour faire face à une menace terroriste. Pour les experts réunis à l’hôtel Intercontinental, il était à craindre que Washington ne choisisse de s’en prendre à l’Irak, ce qui leur paraissait erroné. Ils ont été relativement rassurés quand ils réalisèrent que c’était l’Afghanistan qui allait faire les frais des représailles américaines.
L’opération de police pour rechercher Ben Laden, que les talibans refusaient d’extrader, était un acte de légitime défense, reconnu comme tel par la communauté internationale. Dès le 12 septembre 2001, le Conseil de sécurité, en condamnant les attaques perpétrées contre les Etats-Unis, à l’unanimité et dans les termes les plus vifs, avait réaffirmé sa détermination à lutter contre les menaces à la paix et à la sécurité internationales résultant des actes de terrorisme. L’opération anti-talibans était un combat pour la liberté, déclara le président George W. Bush au Congrès.
La situation n’est plus la même
Dès l’année 2003, la mission changea de sens: si l’on voulait éviter que l’Afghanistan ne redevienne une base pour les mouvements terroristes, il fallait l’aider à se développer et transformer sa gouvernance, ouvrir et moderniser le pays. La doctrine du «state building» avait alors cours, lancée par le secrétaire général Boutros Boutros-Ghali dans son Agenda pour la paix de 1992. Elle devait accompagner les opérations de maintien de la paix et éliminer les causes des guerres civiles qui provoquaient l’intervention des Casques bleus. La notion ne paraissait pas déraisonnable. A l’époque, l’euphorie consécutive à la fin de la guerre froide régnait aux Etats-Unis.
Quitter l’Afghanistan après en avoir chassé les talibans paraissait alors irresponsable. C’était un effort de longue haleine. Aujourd’hui, on sait qu’il a échoué mais il devait être tenté, selon les critères de l’époque. On bénéficie également aujourd’hui d’une plus juste appréciation du terrorisme et des méthodes pour le contrer. Si les organisations qui s’en réclament sont omniprésentes, les pays industrialisés disposent de moyens techniques de prévention, de riposte et de contrôle avec les drones, les communications et l’intelligence artificielle. La situation n’est plus la même, mais il faut garder à l’esprit les circonstances dans lesquelles les décisions ont été prises au lendemain de ces attentats d’une violence inouïe.
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