Retrouvez tous nos articles sur ce sujet très débattu dans notre dossier: Les aides aux médias face au peuple

Aujourd’hui, je travaille pour un magazine spécialisé sur les questions de sécurité – domaine auquel j’ai décidé de me consacrer par conviction. Je suis en parfaite adéquation avec la ligne éditoriale car elle affiche clairement la couleur. Avant cela, j’ai exercé dix ans entre radio, télévision et presse écrite, avant de choisir de changer d’orientation car je ne me reconnaissais plus dans certains dogmes de la profession. Si on se questionne vraiment sur ce qui se passe en coulisse, on se rend compte que les turbulences vécues par les journalistes sont surtout dues à une offre qui ne répond plus à la demande. Nombreux sont ceux qui, comme moi, quittent le métier en silence. C’est peut-être lâche. Comme il n’est jamais trop tard pour avoir le courage de défendre ses idées, même au risque de se faire critiquer, je reconnais que la presse est en crise, mais j’ose affirmer que l’étatisation d’un problème n’est pas la solution.

Je ne suis pas mue par un esprit de vengeance, bien au contraire, c’est cette affection que je porte à la corporation qui m’a poussée à m’engager dans cette campagne en tant que vice-présidente du comité romand NON aux médias contrôlés, afin de sauvegarder la crédibilité des journaux suisses en tant que contre-pouvoir. Je ne dis pas que le pouvoir est mauvais, mais c’est un pouvoir et les journalistes doivent rester indépendants de tout pouvoir, c’est leur rôle de le chatouiller, le questionner.

Journalistes instrumentalisés

Dans cette campagne, les journalistes sont instrumentalisés. On nous parle des difficultés économiques des éditeurs et de l’importance de cette manne financière pour conserver les emplois. Mais à aucun moment ils ne se sont engagés à ne pas licencier en cas d’acceptation de la loi. D’ailleurs la plupart des titres sont entre les mains de grands groupes de presse qui font des millions de bénéfices. Simplement, on privilégie toujours les actionnaires, au détriment des collaborateurs. Donc penser que les journalistes profiteront directement de ces aides, c’est avoir une vision bien romantique du rapport employeur-employé.

Le public est fatigué que les médias tentent de lui imposer quoi penser

Ce n’est pas tant l’aide indirecte qui pose problème, bien qu’elle questionne sur la pertinence de mettre sous tutelle une profession afin de payer plus cher la poste pour un service qui ne donne pas satisfaction dans la distribution matinale des journaux. Mais c’est surtout l’aide directe aux médias numériques dont les journaux gratuits sont exclus comme s’ils étaient de seconde zone. Cette loi n’est ni pertinente, ni cohérente. Il y a quelques jours, sur les réseaux sociaux, le rédacteur en chef d’un grand journal vaudois me dépouillait de mon titre de journaliste, déplorant l’absence de journalistes sur le plateau de l’émission Infrarouge qui traitait du sujet le 19 janvier. Pourtant j’étais là, mais je ne défendais pas le bon camp à ses yeux, ce qui justifiait qu’il me disqualifie. Cela démontre bien qu’il y a une chape de plomb dans ce milieu. C’est cette pensée unique qui tue mon métier, pas le manque de soutien étatique.

Le public est fatigué des médias

La diversité de la presse serait de s’adresser à la diversité de la population et, actuellement, tout le monde ne se retrouve pas dans ce paysage médiatique. Le public est fatigué que les médias tentent de lui imposer quoi penser. On en arrive même à une rupture de crédibilité, qui fait ressortir les médias bons derniers de l’indice de confiance accordé aux différentes institutions en Suisse. Ce n’est pas en votant pour une ingérence de l’Etat, qui lui-même inspire la méfiance chez de nombreux citoyens, que les médias vont renouer avec leur public et en conquérir un nouveau.

La lutte contre les fake news, brandie comme argument par les partisans du OUI, ne peut pas se résoudre dans les colonnes d’un journal. Il faut régler le problème à la source, comprendre que c’est la conséquence de cette perte de confiance qui pousse les gens à chercher d’autres canaux d’information. Ce n’est pas en mettant sous tutelle un modèle qui ne convient plus que l’on va favoriser les transformations nécessaires. On n’entame pas de révolution par beau temps. C’est justement dans la tempête que tout un chacun est invité à évoluer, se réinventer.

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